Liberation Tower rising over the Kuwait City skyline at dusk
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Liberation Tower

"Certains bâtiments vous disent le temps qu'il fait. Celui-ci vous raconte une histoire."

Une aiguille de 372 mètres au-dessus de Kuwait City, bâtie à travers la guerre et achevée par défi, à voir au crépuscule quand le Golfe vire à l'or.

J’avoue avoir confondu les deux tours avant même d’atterrir. Lia avait ouvert des photos dans l’avion et passait sans cesse de l’une à l’autre : « attends, c’est celle avec les boules, ou la haute et fine ? » Le temps qu’on arrive au pied de Liberation Tower, le cou tendu vers ses 372 mètres de béton et d’acier, la confusion prenait tout son sens : Kuwait City possède en réalité deux silhouettes en une, les Kuwait Towers plus anciennes avec leur allure sculpturale, presque tirée d’un film de science-fiction, à quelques kilomètres de là, et celle-ci, plus ancienne dans sa conception mais plus singulière dans son histoire.

La construction a débuté avant 1990, puis l’invasion irakienne a tout arrêté net. Je n’arrêtais pas d’y penser en attendant l’ascenseur — une tour à moitié bâtie, traversant l’occupation et la guerre, un avenir aussi incertain que possible. Elle n’a été achevée qu’en 1996, et à ce moment-là ce n’était plus seulement une tour de télécommunications, elle portait désormais le nom de la libération elle-même. On sent un peu cette histoire à l’intérieur, même si rien n’est écrit sur une plaque. Ça transparaît dans la façon dont les guides en parlent, presque avec fierté, comme si le bâtiment avait mérité son nom plutôt que de simplement le porter.

View from the Liberation Tower observation deck over Kuwait City

Nous y sommes montés le soir, ce que j’avais lu être le bon moment, et ça l’était totalement. Le restaurant tournant fait un tour complet et lent, et Lia a chronométré le temps qu’il nous fallait pour finir les entrées face à une rotation entière — on a perdu ce pari contre la tour. Ce qui m’a marqué plus que la nourriture, c’est de voir les lumières de Kuwait City s’allumer peu à peu contre le Golfe qui s’assombrissait, l’eau gardant encore une bande orange longtemps après que le ciel soit passé au bleu marine. Depuis le belvédère, un étage sous le restaurant, sans table ni serveur pour interrompre la vue, on obtient une étendue encore plus large et dégagée du littoral, avec les anciennes Kuwait Towers qui brillent au loin comme une ponctuation dans la skyline.

Kuwait City skyline seen from the tower's observation deck at night

Ce que je n’attendais pas, c’est à quel point l’endroit reste fonctionnel sous le vernis touristique. Le ministère des Communications fait tourner de véritables équipements télécoms dans les étages supérieurs — ce n’est pas un monument déguisé en infrastructure, c’est une infrastructure qui se trouve aussi être un monument. Ce mélange me semble très kowéitien : pragmatique et symbolique à la fois, sans rien de théâtral. Nous sommes repartis la nuque endolorie, Lia insistant pour qu’on revienne un soir d’hiver, juste pour manger lentement et regarder cette fois la rotation complète, de l’entrée au dessert.

Quand y aller : Visez les mois les plus frais, de novembre à mars, et gardez la visite pour le soir — le belvédère récompense avec une skyline qui ne prend vraiment vie qu’une fois le soleil couché derrière le Golfe.