The Vijay Stambh victory tower rising above the ruins of Chittorgarh Fort
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Chittorgarh

"L'histoire la plus lourde que j'ai ressentie dans un fort, et pourtant le Rajasthan n'en manque pas."

Le plus grand complexe fortifié d'Inde, une ville de palais en ruine perchée sur une colline, portant le poids de sièges, de reines légendaires et d'auto-immolations de masse.

Chittorgarh se ressent différemment des autres forts du Rajasthan, et on le sent avant même que quiconque ne raconte son histoire. C’est le plus grand complexe fortifié d’Inde, un plateau de près de 280 hectares s’élevant à 180 mètres au-dessus de la plaine, renfermant non pas simplement un palais mais toute une ville en ruine — temples, bassins, portes cérémonielles, et carcasses de palais éparpillées sur le sommet de la colline comme une bourgade qui se serait arrêtée un jour et n’aurait jamais repris. J’ai loué une voiture pour monter par la route sinueuse à travers sept portes fortifiées, chacune nommée d’après un moment de résistance ou de sacrifice, et au moment où j’ai atteint le sommet, l’ampleur du lieu avait déjà fait quelque chose à mon humeur.

Chittorgarh a été mise à sac trois fois — par Alauddin Khilji en 1303, par Bahadur Shah du Gujarat en 1535, et par l’empereur moghol Akbar en 1568 — et chaque siège s’est terminé de la même façon : quand la défaite devenait certaine, les femmes et les enfants du fort commettaient le jauhar, une auto-immolation de masse, plutôt que d’affronter la capture, tandis que les hommes chevauchaient en robes safran pour une ultime charge fatale. Le siège de 1303 est lié à la légende de Rani Padmini, une reine d’une beauté extraordinaire que Khilji aurait, selon la légende, assiégé le fort spécifiquement pour s’approprier, après avoir apparemment aperçu son reflet dans un miroir, avant que la reine ne choisisse le jauhar plutôt que la reddition. Les historiens débattent de la part de poésie de cour embellie et de la part de fait dans l’histoire de Padmini, mais debout devant le réservoir de Gaumukh, où les habitants disent que le jauhar a eu lieu, la légende ne ressemblait pas à un ornement. Elle ressemblait à la raison d’être du lieu.

The seven fortified gates winding up the approach road to Chittorgarh Fort

Une tour construite pour célébrer une guerre, pas pour en pleurer une

Le Vijay Stambh, la Tour de la Victoire, est l’autre monument emblématique du fort, et c’est un rare moment de triomphe dans un lieu par ailleurs baigné de deuil. Rana Kumbha l’a fait construire entre 1458 et 1468 pour commémorer sa victoire sur les armées combinées du Malwa et du Gujarat — neuf étages de grès sculpté s’élevant sur 37 mètres, couverts du sol au plafond de divinités sculptées, et gravissables par un escalier intérieur étroit jusqu’à une galerie d’observation au sommet. Je l’ai gravie en fin d’après-midi, la pierre encore chaude du soleil de la journée, et la vue depuis le sommet embrassait tout le plateau du fort d’un seul coup d’œil — les ruines du palais, les temples, le réservoir, la plaine au-delà, le tout déployé comme un schéma de six siècles de conflit.

The nine-tiered carved sandstone Vijay Stambh victory tower at sunset

Le palais de Rana Kumbha, la plus ancienne structure du site, est l’endroit où est né Maharana Udai Singh II — fondateur d’Udaipur — et d’où il fut exfiltré en secret alors qu’il n’était qu’un nourrisson, caché dans un panier de fruits, pour le sauver d’un complot de palais. C’est un détail mineur comparé aux sièges, mais c’est le fil qui relie Chittorgarh à la splendeur lacustre d’Udaipur : la ville du romantisme existe parce qu’un enfant a échappé à cette colline de tragédie.

Quand y aller : d’octobre à mars. Le fort n’offre presque aucune ombre sur son vaste plateau ouvert, et la marche entre les monuments est assez longue pour que la chaleur estivale la rende réellement dangereuse.