Des dizaines de têtes de moai émergeant des pentes herbeuses du volcan Rano Raraku sous un ciel dramatique du Pacifique
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Rano Raraku

"Ils ne sont pas finis. C'est ce qui te saisit — ils ont été interrompus, et personne n'est jamais revenu."

La carrière volcanique où des centaines de moai inachevés attendent dans la colline comme des ouvriers changés en pierre au milieu de leur journée.

Il y a un moment, en gravissant la crête basse qui ceinture Rano Raraku, où le paysage change entièrement. Une seconde tu te trouves dans une prairie ouverte, le vent faisant son affaire habituelle, des chevaux qui paissent dans le lointain. Puis tu franchis la crête et les voilà : des dizaines de moai à demi enterrés dans la terre, surgissant de la pente sous tous les angles, certains penchés en avant comme pris en pleine chute, certains enfoncés jusqu’au menton dans la colline, quelques-uns si profonds que seul le sommet de leur crâne perce l’herbe. Je me suis arrêté de marcher. Je ne sais pas combien de temps.

La carrière est la roche mère des moai — près de 400 statues à divers stades d’achèvement ont été trouvées ici, et le tuf volcanique tendre des parois du cratère porte encore les marques des outils qui les ont façonnées. On peut voir le vide en négatif d’une figure abandonnée dans la paroi rocheuse, son contour taillé mais jamais libéré. L’ampleur de l’opération qui a dû se dérouler ici, pendant des siècles, dans ce petit cratère sur l’île la plus isolée du monde, est difficile à saisir d’un seul coup. J’ai continué d’essayer de faire le calcul et n’ai cessé d’échouer.

Statues de moai à différents stades d'achèvement émergeant de la pente volcanique herbeuse à Rano Raraku

Le sentier serpente autour de la pente extérieure du cratère avant de descendre vers l’intérieur, où un lac envahi de roseaux repose dans la caldera et d’autres statues se dressent, à demi enfouies dans les sédiments. Celles-ci sont différentes — plus grandes, plus élancées, sculptées avec des décorations sur le dos qui ne sont devenues visibles qu’au XXe siècle quand les fouilles ont révélé les corps complets sous des siècles de terre accumulée. Le lac est d’un vert particulier, parfaitement immobile à moins que le vent ne se lève, et les statues s’y dressent comme des sentinelles au bord d’un rêve.

Le lac de la caldera à l'intérieur de Rano Raraku couvert de totora avec des moai debout dans les sédiments tout autour de ses rives

Ce que j’ai ruminé cet après-midi passé là — j’avais acheté une mangue à Hanga Roa le matin, je l’ai mangée ici au soleil — c’est l’inachèvement. Pas la grandeur des statues achevées sur les ahus ailleurs dans l’île, mais ceci : un atelier, une ligne de production, un lieu de labeur qui s’est arrêté. Certaines statues sont encore attachées à la roche. D’autres ont été descendues de la paroi et n’ont jamais bougé. L’île a manqué de quelque chose — arbres, consensus, temps — et le travail s’est simplement arrêté. C’est l’une des choses les plus hantantes au milieu desquelles je me sois jamais trouvé.

Quand y aller : Rano Raraku est magnifique par tous les temps, mais la lumière matinale frappe particulièrement bien les pentes orientales. Arrive avant 9h en haute saison (octobre à mars) pour devancer les groupes de touristes. L’intérieur du cratère reste à l’abri des alizés, ce qui le rend agréable même pendant les mois plus frais de juillet-août. Emporte de l’eau — il n’y a aucune ombre sur les pentes extérieures et le soleil à cette latitude est sérieux.