Lisan Peninsula
"Lisan signifie langue en arabe, et vue d'en haut, on comprend immédiatement pourquoi."
Une langue de terre couverte de sel s'avançant jusqu'à mi-chemin dans la mer Morte, si isolée et étrange que presque aucun voyageur n'y met jamais les pieds.
J’ai découvert l’existence de la péninsule de Lisan grâce à un géologue jordanien rencontré au bar d’un hôtel à Amman, qui l’a décrite comme on décrit un lieu que l’on aime manifestement mais que l’on a renoncé à faire admirer aux autres. C’est la péninsule basse et large qui s’avance depuis la côte orientale et coupe presque la mer Morte en deux — la raison même pour laquelle la mer possède un bassin nord et un bassin sud bien distincts. Pour y arriver, il faut emprunter une piste accidentée quittant l’autoroute près de Safi, obtenir une autorisation pas toujours simple, et disposer d’un véhicule capable d’affronter des étendues salées qui paraissent solides et parfois ne le sont pas. J’y suis allé avec un chauffeur local qui savait exactement quelles routes avaient tenu cette semaine-là, car elles changent selon le niveau de l’eau et la saison.

Ce que l’on trouve là-bas est un paysage presque totalement dépourvu de repères — des collines de marne pâle sculptées par des crues éclair intermittentes en badlands de crêtes et de ravins, et au-delà, les étendues salées elles-mêmes, craquelées en un motif d’alvéoles qui s’étend plus loin que ce qui semble raisonnable. La péninsule est aussi un site paléontologique véritablement important ; des rivages fossilisés y enregistrent l’ancien lac Lisan, un prédécesseur bien plus vaste de la mer Morte datant de la dernière glaciation, avec ses anciennes terrasses de plage visibles en bandes le long des collines, comme des cernes d’arbre marquant un climat totalement différent. Je me suis tenu sur l’une de ces terrasses, facilement à cent mètres au-dessus du rivage actuel, et j’ai essayé d’imaginer le lac qui l’avait laissée là. Cela demandait un réel effort.

Il n’y a aucune infrastructure ici, aucun panneau, aucune boutique de souvenirs, rien. Juste le vent, le sel, et le silence particulier d’un lieu qui n’a jamais vraiment été habité. J’ai visité bien des recoins reculés de cette région, mais la péninsule de Lisan est celle qui m’est restée le plus longtemps en mémoire, précisément parce que rien ne venait façonner l’expérience à ma place. Il n’y avait que la terre, faisant ce qu’elle fait depuis des dizaines de milliers d’années, sans personne pour l’observer la plupart du temps.
Quand y aller : Uniquement pendant les mois les plus frais (de novembre à mars) — les étendues salées à découvert n’offrent aucune ombre et la chaleur estivale y est réellement dangereuse. Faites appel à un guide local avec un 4x4 à Safi ou Karak plutôt que de tenter les pistes seul.
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