Vue panoramique de la Mer Morte au coucher du soleil, rivage rocheux au premier plan et ciel rose et orangé s'étendant sur l'eau immobile et brumeuse

Moyen-Orient

Mer Morte

"On ne flotte pas ici — l'eau refuse simplement de vous laisser couler."

Le taxi m’a déposé sur la rive jordanienne juste avant l’aube. Je m’attendais à quelque chose de dramatique — un rivage qui s’annonce. Ce que j’ai trouvé à la place, c’était un silence si complet qu’il semblait avoir une pression propre. L’eau était parfaitement plate, une croûte de sel blanc bordant la rive comme le rebord d’une baignoire laissée trop longtemps. L’air avait un goût légèrement métallique. Je n’avais pas encore mis un pied dans l’eau et je comprenais déjà pourquoi les gens font des pèlerinages ici depuis trois mille ans.

Entrer dans l’eau, c’est sa propre comédie. On avance avec assurance, comme on le ferait dans n’importe quelle mer, et puis, vers la hauteur des genoux, les jambes vous trahissent complètement — elles refusent de s’enfoncer. Le corps bascule en arrière qu’on le veuille ou non. La salinité ici, autour de 34 %, est environ dix fois celle de l’océan. On peut tenir un journal au-dessus de la poitrine et le lire. Je n’avais pas apporté de journal, mais je suis resté quarante minutes et je suis sorti avec l’impression que quelque chose en moi avait été remis à zéro, une tension que j’avais cessé de remarquer à force de la porter depuis trop longtemps. La boue d’Amman Beach — noire, sulfureuse, le genre qui tache tout y compris la dignité — ne coûte rien à s’étaler dessus et fait apparemment des merveilles pour la peau. J’ai senti mauvais le reste de la journée et je me suis senti très bien.

Le paysage autour de la Mer Morte est ce qui vous prend par surprise. Depuis la rive jordanienne, les falaises de Cisjordanie se dressent raides et dorées sur l’autre bord, assez proches pour sembler un effet d’optique. Wadi Mujib entaille les collines à proximité — une gorge si verte et improbable après tout ce sel et cette pierre qu’elle semble transplantée d’une autre planète. Du côté israélien, Massada domine l’eau depuis les hauteurs, l’ancienne forteresse hérodienne qui nécessite soit un téléphérique soit une ascension à 5 h du matin pour y arriver avant que la chaleur ne rende le sentier meurtrier. J’ai fait les deux, à différentes visites. Le téléphérique est plus rapide. L’ascension est meilleure.

Quand y aller : D’octobre à avril. Les températures estivales oscillent entre 38 et 42 °C et le rayonnement UV réfléchi par l’eau est implacable. Mars et novembre sont idéaux — assez doux pour se promener sur le rivage, assez chauds pour flotter sans grimacer, et suffisamment calmes pour entendre vraiment le silence.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Mer Morte comme une escale d’après-midi dans un itinéraire jordanien ou israélien. Il faut au minimum une nuit — soit dans l’un des hôtels-resorts de la rive jordanienne, soit à camper quelque part dans le wadi au-dessus. L’eau change complètement selon l’heure. À l’aube, elle devient argentée et d’un calme absolu. À midi, c’est un miroir qui vous aveugle en retour. Au crépuscule, avec la croûte de sel captant la lumière rose et les falaises lointaines virant à l’ambre, elle devient quelque chose qu’on aurait du mal à décrire à quelqu’un qui ne l’a pas vu.