Rugged granite coastline of Bornholm island under a bright Baltic sky
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Bornholm

"Le Danemark, mais quelqu'un a oublié de l'aplatir et d'éteindre le soleil."

Une île de granit à la dérive entre la Suède et la Pologne, où églises rondes fortifiées, fumée de hareng et lumière d'été infinie ont bouleversé mon image du Danemark.

Lia est tombée sur Bornholm presque par hasard, ce petit point de granit posé au milieu de la Baltique, plus proche de la Suède et de la Pologne que de Copenhague. Rien que pour ça, j’avais envie d’y aller. On venait de passer une semaine dans le Danemark plat, ordonné et balayé par le vent que j’imaginais, et puis on a pris le ferry, et le sol lui-même a changé sous nos pieds. Bornholm repose sur un socle de granit là où le reste du pays n’est que dépôts glaciaires, et ça se sent immédiatement sur la côte : au lieu de dunes douces, il y a des falaises roses et grises, des blocs de roche gros comme des voitures, fendus et empilés après des siècles d’extraction. Les habitants l’appellent l’île du Soleil, et après trois jours de ciel bleu vraiment sans interruption, j’ai arrêté de croire que c’était juste un argument touristique.

Mais ce qui m’a le plus marqué, ce sont les églises rondes. On a loué des vélos à Gudhjem et pédalé vers l’intérieur des terres jusqu’à Østerlars, et je n’étais pas préparé à ce que je ressentirais debout sous ces murs blancs et épais. C’est une église, certes, mais construite comme un donjon, vieille de près de neuf cents ans, avec des murs assez massifs pour qu’on comprenne immédiatement qu’elle servait aussi de refuge quand des drakkars apparaissaient à l’horizon. Il ne reste que quatre rundkirker sur l’île, et Østerlars est la plus grande et la plus étrange, ce tambour de pierre coiffé d’un toit conique qui ne ressemble à rien d’autre de ce que j’ai vu en Scandinavie. Je suis resté longtemps dans la nef, passant la main sur la pierre, en pensant à toutes les générations d’insulaires qui avaient fait pareil en attendant qu’un raid passe.

Østerlars round church with its thick fortress-like white walls and conical roof

L’autre cadeau de Bornholm, c’est le hareng, plus de hareng que je n’en avais jamais mangé de ma vie, tout ça dans les petits fumoirs røgeri de Svaneke et Gudhjem, dont les cheminées ne s’arrêtent jamais vraiment de travailler. On a mangé notre première assiette assis sur un banc du port de Gudhjem, du hareng fumé tiède sur du pain de seigle avec un jaune d’œuf cru dessus, une bière chacun, en regardant les bateaux de pêche rentrer devant la vieille croix en bois plantée sur la colline. Lia, qui prétend ne pas aimer le poisson, en a repris. Svaneke était plus tranquille, plus jolie encore, des maisons à colombages ocre et rouge autour d’un minuscule port, et on a fini par acheter bien plus de poisson fumé qu’on ne pouvait raisonnablement rapporter sur le continent.

Smoked herring hanging in a traditional Bornholm røgeri smokehouse chimney

En repartant, Bornholm avait complètement redessiné l’idée que je me faisais d’une île danoise : du granit plutôt que de la craie, des églises fortifiées plutôt que des manoirs, et une lumière qui s’attarde vraiment plus longtemps qu’elle ne le devrait à cette latitude. Je continue à dire autour de moi que c’est la partie du Danemark qui m’a le plus surpris.

Quand y aller : Vise juin à août, quand l’île mérite pleinement son surnom d’île du Soleil avec de longues soirées dorées et des festivals de gastronomie et de musique qui débordent sur chaque place portuaire.