Maquis semi-aride et plat parsemé d'acacias autour de Birao, dans l'extrême nord de la République centrafricaine, près des frontières du Soudan et du Tchad
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Birao

"Ici, c'est un autre pays — même drapeau, ciel entièrement différent."

Une ville-garnison de l'extrême nord, près des frontières du Soudan et du Tchad, où la forêt a totalement disparu au profit d'un maquis épineux et d'un horizon dégagé.

Arriver à Birao change complètement la façon dont on comprend ce que « République centrafricaine » désigne réellement. Tout ce que j’avais associé au pays — la densité de la forêt tropicale, l’humidité qui trempe une chemise en quelques minutes, le bruit de la forêt la nuit — n’existe simplement plus ici. C’est le Vakaga, l’extrême nord-est où le pays se presse à la fois contre le Tchad et le Soudan, et le paysage a entièrement basculé vers le maquis épineux sahélien : acacias à cime plate, larges lits de rivières asséchées appelés oueds qui se remplissent brièvement et violemment pendant les pluies, et un horizon qu’on aperçoit comme pour la première fois dans tout le pays.

La ville a un air de garnison difficile à dissocier de son histoire — une présence de maintien de la paix des Nations unies s’y relaie depuis des années compte tenu de l’instabilité chronique de la région environnante, et la piste d’atterrissage, démesurée pour une ville de cette taille, existe principalement pour desservir cette opération. J’ai logé chez une famille liée au commerce local du bétail, des éleveurs dont les déplacements saisonniers ignorent totalement les frontières internationales tracées sur la carte, suivant des schémas de pâturage antérieurs à chacun des trois pays qui revendiquent aujourd’hui cette terre. Le père, Adoum, parlait un mélange d’arabe, de sango et de français selon son interlocuteur, changeant en cours de phrase sans effort apparent.

Un éleveur traversant le lit asséché d'un oued dans le maquis d'acacias près de Birao

Le marché de Birao suit un rythme dicté par les routes commerciales plutôt que par la production locale — dattes et céréales arrivant du côté soudanais et tchadien, bétail se dirigeant vers le sud, et une culture matérielle nettement plus marquée par l’influence arabe que partout ailleurs dans le pays : turbans, forme des verres à thé, galettes cuites sur une plaque de fer bombée plutôt que les bases à base de manioc du sud. J’ai bu un thé sucré et fort, servi d’une grande hauteur par un commerçant qui avait manifestement perfectionné cette théâtralité au fil des années, et mangé des dattes qui avaient voyagé plus loin pour arriver jusqu’à moi que la plupart des aliments que j’avais goûtés ailleurs dans le pays.

Ce que je n’oublierai pas de Birao, c’est le ciel la nuit. Loin de toute pollution lumineuse significative, dans un air bien plus sec que la brume humide du sud, les étoiles descendaient avec une clarté presque agressive après des semaines sous la canopée forestière. Assis dehors avec la famille d’Adoum, quelqu’un a désigné un satellite glissant dans le ciel, et pendant un instant la conversation s’est complètement arrêtée, tout le monde le regardant simplement traverser d’un horizon à l’autre dans un silence total.

Le ciel nocturne au-dessus de l'horizon plat du maquis en périphérie de Birao, dense d'étoiles

Quand y aller : La sécurité dans la région du Vakaga est réellement volatile et exige une vérification actualisée, idéalement via la présence de l’ONU ou des ONG encore actives sur place, avant toute tentative de visite. Si les conditions le permettent, la période de novembre à février apporte des températures diurnes plus fraîches et plus supportables que la chaleur brutale de la fin de la saison sèche.

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