Collines tropicales luxuriantes recouvertes d'une dense jungle verte descendant vers une rivière calme sous un ciel couvert

Afrique

République Centrafricaine

"Ici, la forêt ne vous fait pas de place — c'est vous qui lui en faites."

Nous sommes entrés dans la Réserve de Dzanga-Sangha en fin d’après-midi, quand la lumière devient plate et dorée et que la forêt semble souffler. La piste de latérite nous avait avalés pendant trois heures — des ornières profondes comme la cuisse d’un homme, de la boue rouge éclaboussant le pare-brise — et puis nous nous sommes arrêtés dans une clairière et le garde a simplement pointé du doigt. À douze mètres, un éléphant de forêt se tenait devant une saline, remuant lentement les oreilles, totalement indifférent à notre présence. Pas de clôture, pas de plateforme d’observation, pas de commentaires diffusés dans un casque. Juste l’animal, la boue, et le bruit de la forêt centrafricaine faisant ce qu’elle fait depuis dix mille ans.

Bangui, la capitale, n’est pas une ville qui vous accueille en douceur. Elle est posée au-dessus de l’Oubangui, à la frontière avec la RDC, et elle a l’énergie brute et déterminée d’un endroit où les gens sont occupés à vivre plutôt qu’à mettre en scène leur vie pour les étrangers. Le Grand Marché un matin de semaine vaut le réveil matinal : pyramides de poisson fumé, feuilles de manioc vendues en bottes, vin de palme dans des bidons en plastique recyclés, et un niveau sonore qui rend toute conversation impossible sans se pencher très près. La cuisine ici n’a rien de sophistiqué — fufu avec ragoût d’arachide, poisson-chat grillé sorti de la rivière — mais elle a la saveur directe et sans compromis des choses cultivées et pêchées à proximité.

Le peuple Ba’Aka des forêts du sud-ouest est l’une des cultures humaines continues les plus anciennes de la planète, et passer du temps avec des communautés près de Bayanga recalibre tout ce qu’on croit savoir sur la connaissance de la forêt. Chasser avec des filets traditionnels, récolter du miel dans des ruches à douze mètres de hauteur, lire la canopée pour anticiper le temps qu’il fera — ce n’est pas une démonstration culturelle organisée pour les visiteurs. C’est simplement comme la vie fonctionne ici, et cette distinction est importante. Je suis rentré plus silencieux que je n’étais parti.

Quand y aller : De décembre à février, c’est la saison sèche — les routes sont aussi praticables qu’elles peuvent l’être, et la clairière de Dzanga Bai (où les éléphants de forêt se rassemblent pour boire et socialiser) est la plus active. La saison des pluies de mai à octobre rend les déplacements par voie terrestre véritablement éprouvants, mais la forêt est extraordinaire et la diversité aviaire atteint son pic.

Ce que la plupart des guides ratent : La République Centrafricaine figure sur les listes des pays les plus dangereux du monde, et la situation sécuritaire dans le nord et l’est exige une vraie recherche avant tout déplacement. Mais le coin sud-ouest — Dzanga-Sangha, la route de Bangui à Berbérati — fonctionne dans une réalité différente. C’est l’un des coins les plus riches en biodiversité et les moins visités de tout le continent. Les guides parlent de risque parce que ça fait des clics. Ils mentionnent rarement que la population d’éléphants de forêt ici est l’une des dernières à être véritablement en bonne santé en Afrique, ou que voir un gorille des plaines dans ces arbres, sans l’infrastructure du Rwanda ou de l’Ouganda, est une rencontre d’une toute autre nature.