Bâtiments de pierre historiques le long d'une rue pavée dans le vieux Trois-Rivières
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Trois-Rivières

"Fondée en 1634 et sentant encore vaguement l'usine à pâte — Trois-Rivières porte son industrie sans complexe."

La deuxième plus vieille ville du Québec, fondée en 1634 au confluent des rivières Saint-Maurice et Saint-Laurent, où les cheminées d'usines à pâte et une vieille ville pavée partagent la même ligne d'horizon.

Je me suis arrêté à Trois-Rivières sur la route entre Montréal et Québec surtout parce que le nom n’arrêtait pas d’apparaître sur les panneaux, et je suis content de l’avoir fait, car la plupart des gens filent tout droit sans réaliser qu’ils viennent de sauter la deuxième plus vieille ville du pays. Fondée en 1634, trois ans avant Montréal, elle se trouve au point où la rivière Saint-Maurice se divise en trois chenaux avant de rejoindre le Saint-Laurent — d’où le nom — et cette géographie en a fait un poste de traite des fourrures naturel, puis une ville forestière, puis l’une des grandes capitales mondiales des pâtes et papiers. On peut encore le sentir, faiblement, certains jours quand le vent souffle mal depuis la rivière, et les habitants parlent de cette odeur avec une affection étrange et sincère, comme on parlerait de la cuisine d’un grand-parent.

La vieille ville est compacte et se visite à pied en un après-midi, ses bâtiments de pierre bas et aux murs épais me rappelant davantage un village normand que tout ce que j’avais vu ailleurs au Québec — un incendie en 1908 a détruit la plupart des structures en bois, si bien que ce qui subsiste ou a été reconstruit a un aspect plus robuste et plus délibéré. Je me suis promené dans le couvent des Ursulines, encore une communauté religieuse active après plus de 300 ans, puis jusqu’à la promenade le long du Saint-Laurent où le fleuve est ici assez large pour ressembler à un lac, des porte-conteneurs glissant devant des bateaux de plaisance sans trop se soucier les uns des autres.

Porte-conteneurs passant le long du large fleuve Saint-Laurent près de Trois-Rivières

Une ville bâtie sur le papier et la poésie

Pendant la majeure partie du vingtième siècle, Trois-Rivières se surnommait la capitale mondiale du papier, ses usines bordant la Saint-Maurice et expédiant du papier journal à la moitié des journaux d’Amérique du Nord. L’industrie a considérablement décliné depuis — on peut visiter Boréalis, une ancienne usine à pâte transformée en musée, et y passer une heure vraiment fascinante sur la façon dont une bille de bois devenait une page de journal, avec l’ancienne machinerie de tri laissée intacte. Ce qui a remplacé une partie de cette identité civique est, curieusement, la poésie : la ville accueille chaque automne le Festival International de la Poésie, un événement de dix jours où des vers s’impriment sur des bannières, se peignent sur des devantures et se lisent à voix haute dans les bars, une chose étrange et charmante à découvrir par hasard si on ignorait que cela se passait.

Anciens bâtiments de pierre du couvent des Ursulines dans le quartier historique de Trois-Rivières

Là où le fleuve prend la parole

Assis sur un banc le long de la promenade au crépuscule, regardant la Saint-Maurice se vider dans le Saint-Laurent, j’ai compris pourquoi ce tronçon de fleuve a façonné tout ce qui concerne la ville — la traite des fourrures, le bois, les forges des Forges du Saint-Maurice, les premières forges du pays. Trois-Rivières ne performe pas son histoire pour les visiteurs comme le fait Québec ; elle continue simplement à vivre dedans.

Quand y aller : Septembre pour le festival de poésie et un temps plus frais pour marcher ; l’été pour les activités sur le fleuve et la course automobile du Grand Prix qui transforme brièvement la vieille ville en circuit.