Saguenay Fjord
"J'ai vu des fjords en Norvège, et celui-ci, aussi loin au sud, invraisemblablement, n'avait rien à leur envier."
L'un des fjords véritables les plus méridionaux de la planète, creusé dans le Bouclier canadien par les glaciers, se terminant à Tadoussac où les bélugas se rassemblent en nombre suffisant pour m'arrêter en pleine phrase.
Personne ne m’avait vraiment prévenu que le Canada avait un fjord, alors je suis arrivé à Tadoussac légèrement mal préparé à la façon dont le paysage change au moment précis où la rivière Saguenay rejoint le Saint-Laurent. Les falaises se dressent presque immédiatement, des murs de granite sombre parfois hauts de 300 mètres, plongeant droit dans une eau creusée par les glaciers lors de la dernière ère glaciaire. C’est l’un des fjords les plus méridionaux au monde, et contrairement aux fjords que j’ai vus en Norvège, celui-ci traverse le Bouclier canadien, ancien et usé, plutôt que de jeunes montagnes escarpées — l’effet est plus doux, d’apparence plus ancienne, mais tout aussi spectaculaire une fois qu’on est sur l’eau.
J’ai pris un petit bateau à Tadoussac vers l’embouchure du fjord, et en moins de vingt minutes le capitaine a coupé le moteur parce qu’un groupe de bélugas venait de faire surface à proximité. Ce sont parmi les bélugas les plus méridionaux de la planète, une population résidente qui vit dans la confluence froide et riche en nutriments où l’eau douce du fjord rencontre le sel de l’estuaire du Saint-Laurent, et regarder leurs dos blancs, fantomatiques, rouler à la surface, encore et encore, plus près que je n’aurais imaginé qu’une baleine sauvage puisse s’approcher, est quelque chose dont je ne me suis pas tout à fait remis.

Kayak sous le cap Trinité
Plus haut dans le fjord, j’ai pagayé en kayak de mer sous le cap Trinité, une falaise abrupte qui plonge de près de 350 mètres dans une eau si profonde et froide qu’elle reste d’un noir uniforme même en plein midi. Une statue de la Vierge Marie se trouve sur un rebord à mi-hauteur, placée là dans les années 1880 par un marchand qui avait failli se noyer dans le fjord et qui avait promis, s’il survivait, d’y installer quelque chose en signe de gratitude. Notre guide a coupé les bavardages du groupe en passant en dessous, et pendant quelques minutes le seul bruit fut celui des pagaies plongeant et l’appel occasionnel et lointain d’un huart — les falaises amplifiant tout, comme le fait une cathédrale.

Le village de Tadoussac lui-même, l’un des plus anciens sites de peuplement européen en Amérique du Nord, datant d’un poste de traite des fourrures de 1600, n’est guère plus qu’un ensemble de bâtiments en bois autour d’un grand hôtel au toit rouge, mais il mérite amplement sa réputation démesurée de capitale de l’observation des baleines de l’est du Canada.
Quand y aller : De fin mai à octobre pour l’observation des baleines, avec un pic en juillet et août quand bélugas, petits rorquals et parfois rorquals communs et baleines bleues se nourrissent tous dans l’estuaire. Le kayak est meilleur de juin à septembre, une fois l’eau légèrement réchauffée et le temps stabilisé.