Charlottetown
"Le Canada a été à peu près fondé dans une pièce de la taille d'un salon correct, et cette pièce est toujours debout à Charlottetown."
La capitale victorienne et compacte de l'Île-du-Prince-Édouard, où la conférence fondatrice du Canada s'est tenue presque par accident et où le front de mer avance encore au rythme d'une petite ville.
Charlottetown m’a surpris par sa petite taille pour une capitale — on peut marcher du port jusqu’à l’autre bout du centre-ville en une vingtaine de minutes, entre les façades de brique rouge et les clochers d’église, sans jamais avoir l’impression d’avoir quitté un village. Cette échelle est trompeuse, pourtant, parce que cette petite ville sans prétention a accueilli la Conférence de Charlottetown de 1864, la réunion qui a lancé le processus vers la Confédération canadienne. J’ai visité Province House, où les délégués se sont réellement assis, et je me suis tenu dans la petite pièce, meublée sobrement, où l’idée du Canada comme pays a été sérieusement discutée pour la première fois. C’est un espace modeste. Pas de grande salle, pas de colonnes de marbre — juste des lambris de bois et une longue table, et l’effet d’être là était étrangement émouvant précisément à cause du caractère peu cérémonieux de tout ça.
L’histoire que les habitants racontent avec une certaine fierté, c’est que la Conférence de Charlottetown n’était même pas censée porter sur la Confédération à l’origine — les délégués de l’Île avaient convoqué la réunion pour discuter d’une union maritime entre les trois provinces côtières, et les délégués de la province du Canada ont essentiellement débarqué avec une idée plus grande. L’Île-du-Prince-Édouard elle-même, fait notable, n’a rejoint la Confédération qu’en 1873, neuf ans après avoir accueilli la réunion qui l’a déclenchée — une petite ironie locale que personne n’oublie de mentionner.

Victorian Row et le port
Victorian Row, le tronçon piétonnier de Richmond Street, est le cœur du centre-ville — des façades restaurées du XIXe siècle qui abritent aujourd’hui des cafés, des galeries et des restaurants misant lourdement, et à juste titre, sur les fruits de mer de l’Île. J’ai mangé des huîtres à un bar avec une terrasse, par une chaude soirée de juillet, pendant qu’un musicien de rue jouait quelque part hors de vue, et ça avait ce charme tranquille et sans enjeu que j’en suis venu à associer à toute la province. Le front de mer, à quelques minutes à pied par Great George Street, a été réaménagé avec des promenades en planches et une marina, et en été il accueille le marché fermier de Charlottetown ainsi que des concerts en plein air qui attirent une bonne partie de la ville un vendredi soir.

Anne, sur scène
Charlottetown abrite aussi le Confederation Centre of the Arts, qui met en scène la comédie musicale « Anne of Green Gables » presque tous les étés depuis 1965, ce qui en fait l’une des comédies musicales jouées en continu depuis le plus longtemps au monde. Je ne suis pas quelqu’un qui aime spontanément la comédie musicale, mais j’y suis allé par curiosité et j’en suis reparti conquis — il y a quelque chose de sincèrement touchant à regarder l’identité culturelle de toute une province jouée, chantée et applaudie par un public qui a manifestement grandi avec cette histoire.
Quand y aller : de juin à septembre, quand la saison théâtrale estivale du Confederation Centre bat son plein et que les terrasses du front de mer sont pleines ; début septembre apporte le festival gastronomique Fall Flavours avec des foules nettement plus clairsemées.