Canoë glissant sur un lac immobile du parc Algonquin à l'aube, avec de la brume s'élevant au-dessus de la forêt
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Parc Algonquin

"J'ai entendu des loups hurler à travers un lac à minuit, et je n'ai plus jamais été le même depuis."

La nature sauvage originelle de l'Ontario — une étendue de lacs et de forêt boréale propice au canoë-camping, qui a appris à toute une génération de peintres à quoi ressemble réellement le Canada.

Nous avons mis le canoë à l’eau au lac Canoe juste après le lever du soleil, l’eau si immobile qu’elle semblait solide, la brume s’élevant encore de la surface en lents rubans. Le parc Algonquin est immense — près de 7 700 kilomètres carrés de lacs, de rivières et de forêts d’érables à sucre et de pruches, à trois heures de route au nord de Toronto, qui vous dépose en quelques minutes dans un endroit qui semble totalement en dehors de l’échelle habituelle de l’Ontario. Il n’y a aucune ville à l’intérieur des limites du parc, aucun signal de téléphone passé les premiers kilomètres de sentier intérieur, seulement un réseau de près de deux mille lacs reliés par des sentiers de portage que les canoéistes tracent depuis bien avant que ce ne soit un parc.

Le pagayage lui-même a un rythme qui s’installe dans les épaules et n’en repart plus — quarante minutes de lac, un portage de cinq cents mètres à porter le canoë au-dessus de la tête à travers mouches noires et aiguilles de pin, puis un autre lac, plus calme que le précédent. Au deuxième jour, mes mains avaient cette douleur particulière de quelqu’un qui accomplit un vrai travail physique pour la première fois depuis des mois, et j’ai découvert que ça ne me dérangeait pas du tout.

Là où le Groupe des Sept a appris à voir

Tom Thomson a peint ici de façon obsessionnelle dans les années 1910, et il est mort sur le lac Canoe dans des circonstances encore débattues par les historiens locaux — une noyade que certains persistent à ne pas croire tout à fait accidentelle. Son œuvre, et celle du Groupe des Sept qui lui a succédé, a essentiellement inventé le langage visuel que les Canadiens utilisent pour décrire leur propre nature sauvage : des pins déchiquetés contre du granit, une eau couleur d’argent terni, une austérité qui se lit comme de la beauté plutôt que comme du vide. En me tenant sur le même rivage qu’il a peint, la ressemblance est troublante — non pas parce que le paysage a été préservé comme une pièce de musée, mais simplement parce qu’il a peint ce qui était vraiment là.

Rivage rocheux avec des pins tordus par le vent surplombant un lac brumeux du parc Algonquin, évoquant les peintures du Groupe des Sept

Orignaux et loups

Algonquin abrite l’une des populations d’orignaux les plus saines de l’est du Canada, et le corridor routier qui traverse l’extrémité sud du parc est essentiellement une galerie d’observation d’orignaux à l’aube et au crépuscule — j’en ai vu quatre en deux jours, dont une femelle et son petit pataugeant dans un marais au bord de la route, absolument indifférents à la file de voitures arrêtées pour les admirer. Mais l’expérience qui m’a vraiment marqué, c’est le hurlement public des loups organisé par le parc certains soirs d’août, quand un naturaliste guide un convoi de voitures vers un endroit propice et que tout le monde hurle à l’unisson, en attendant. La première fois qu’une meute sauvage a répondu de l’autre côté de l’obscurité, un chœur déchiqueté roulant sur l’eau, toute la foule s’est tue d’une manière que j’ai rarement vue des touristes réussir à faire.

Un orignal debout dans un marais peu profond au crépuscule dans le parc Algonquin, entouré de forêt boréale

Quand y aller : de fin mai à septembre pour le canoë-camping, avec les hurlements publics de loups organisés généralement en août ; de fin septembre à début octobre pour les couleurs d’automne, quand les crêtes d’érables au-dessus des lacs passent par tout le spectre du rouge à l’or.