Vastes vasières de la baie de Fundy exposées à marée basse sous un ciel rose du soir
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Bay of Fundy

"Je n'avais jamais vu l'océan disparaître auparavant. Ici, deux fois par jour, il s'en va, tout simplement."

La baie où l'Atlantique respire deux fois par jour, déplaçant plus d'eau que tous les fleuves de la Terre réunis et redessinant le littoral toutes les six heures.

J’ai d’abord compris la baie de Fundy non pas en la regardant, mais en me tenant debout dans un parking qui aurait dû être sous l’eau. Un guide à Alma, au Nouveau-Brunswick, m’a montré une rangée de bateaux de pêche penchés sur le côté dans la vase, coques reposant là où six heures plus tôt il y avait huit mètres d’océan. C’est le fait que tout le monde cite au sujet de Fundy — jusqu’à seize mètres d’amplitude de marée, la plus forte de la planète —, mais aucun chiffre ne prépare à regarder un port en activité se vider comme une baignoire dont on a retiré le bouchon. J’ai grandi sur la côte atlantique de la France, où les marées du Mont-Saint-Michel sont considérées comme spectaculaires. Fundy fait passer la Manche pour une piscine qui fuit lentement.

La baie elle-même est ici tout le spectacle, pas un seul arrêt en particulier. Hopewell Rocks, le Fundy Trail, les bateaux d’observation des baleines partant de St. Andrews — ce ne sont tous que des portes d’entrée vers la même machine à marées, un corps d’eau en forme d’entonnoir coincé entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse qui se trouve résonner presque exactement à la même fréquence que la marée elle-même, amplifiant l’amplitude jusqu’à des proportions absurdes. Deux fois par jour, environ cent milliards de tonnes d’eau de mer entrent et sortent. C’est plus que le débit combiné de tous les fleuves d’eau douce de la Terre. On ne ressent pas le chiffre. On le ressent quand les bateaux de pêche s’inclinent.

Bateaux de pêche reposant sur des vasières exposées à marée basse dans un port de la baie de Fundy

Surfer le mascaret à Moncton

L’après-midi le plus étrange que j’ai passé au Nouveau-Brunswick fut sur la rivière Petitcodiac à Moncton, à attendre avec une petite foule ce que les habitants appellent le mascaret — un mur de marée montante qui remonte le courant, parfois sous forme d’une vague visible qu’on peut surfer. J’ai regardé des surfeurs en combinaison pagayer sur une rivière qui, vingt minutes plus tôt, n’était qu’un filet d’eau brune serpentant entre les vasières. Puis le mascaret est arrivé, une basse crête d’eau bouillonnante à peu près haute comme un genou, et ils se sont retrouvés debout à la surfer pendant ce qui a semblé une remontée impossiblement longue, contre le courant, sur une vague qui ne se brise jamais et ne s’arrête jamais. C’est l’un des seuls endroits au monde où l’on peut surfer une marée fluviale sur des kilomètres. Personne en France ne m’a cru quand j’ai décrit la scène.

Surfeur chevauchant la vague du mascaret en remontant la rivière Petitcodiac près de Moncton

Ce que les marées apportent

La charge de nutriments brassée par ce mouvement biquotidien explique pourquoi la baie regorge de vie — des efflorescences de plancton qui attirent certaines des plus grandes concentrations de baleines de toute la côte atlantique. J’ai pris un bateau depuis St. Andrews en août et en une heure j’observais des rorquals communs faire surface si près que j’entendais l’expiration avant même de voir le souffle, un son comme une respiration retenue relâchée d’un coup. Petits rorquals, marsouins communs et parfois baleines noires traversent les mêmes eaux qui, quelques heures plus tard, seront des fonds marins exposés à Hopewell Rocks, soixante kilomètres plus haut sur la côte. C’est la même marée qui fait les deux choses.

Quand y aller : De juillet à septembre pour l’observation des baleines et l’eau la plus chaude ; vérifiez les tables de marée avant de planifier une journée quelconque, puisque le rythme de la baie dicte tout le reste. Essayez de voir à la fois une marée basse et une marée haute au même endroit lors d’une seule visite — c’est la seule façon pour que l’échelle s’inscrive vraiment.