Le canyon de Khazali
"Le canyon fait à peu près un mètre de large. Les graffitis ont deux mille ans."
Un siq étroit qui fend le Jebel Khazali, juste assez large pour une personne, ses parois superposant deux mille ans de noms, de chameaux et de dieux gravés.
L’entrée du canyon de Khazali ressemble à une plaie dans la roche — une fissure verticale dans le flanc du Jebel Khazali qui va du sol vers nulle part, la pierre rouge se resserrant des deux côtés jusqu’à ce que le ciel au-dessus de vous ne soit plus qu’un ruban de bleu. Par endroits, on se glisse de côté. Vos épaules frôlent les deux parois à la fois. Et puis, à mesure que vos yeux s’habituent après l’éblouissement du désert ouvert, vous commencez à voir les inscriptions.
Elles couvrent tout. De l’écriture thamoudéenne en longues lignes horizontales, aussi dense et systématique qu’un manuscrit. Des inscriptions nabatéennes coincées entre elles. Des silhouettes humaines aux bras levés. Des bouquetins aux cornes recourbées. Des chameaux — toujours des chameaux, le sujet que les voyageurs semblaient juger le plus digne d’être consigné. Certains panneaux sont à hauteur des yeux ; d’autres sont si haut perchés que je me suis demandé si le canyon était plus profondément ensablé à l’époque, ou si quelqu’un avait grimpé.
Lire les parois
Je ne lis pas l’écriture thamoudéenne. Presque personne de vivant ne la lit. Mais la cohérence des marques — le soin manifeste, le fait que des gens soient revenus ici à de multiples reprises au fil des siècles pour ajouter leur nom — vous dit quelque chose de ce que ce lieu signifiait. Le canyon de Khazali se trouve à l’intersection de plusieurs anciennes routes caravanières à travers le désert de la Hisma. Ce n’était pas un coin reculé ; c’était un point de passage connu, un endroit où les marchands faisaient reposer leurs bêtes, buvaient à la petite source à l’embouchure du canyon et, semble-t-il, se sentaient poussés à laisser une marque.
Les inscriptions que les chercheurs sont parvenus à traduire comprennent des noms, des dédicaces à des divinités, et ce qui ressemble à des graffitis au sens le plus littéral — « je suis passé par ici ». Les plus anciennes sont estimées à environ 2 000 ans. Les plus récentes ne datent peut-être que de quelques siècles. Entre les deux, chaque génération de voyageurs a apparemment éprouvé la même pulsion.
La lumière à l’intérieur
Le canyon fait environ 100 mètres de profondeur avant de se refermer en un resserrement infranchissable. J’y suis entré en milieu de matinée, quand la lumière cherchait encore son angle, et l’intérieur était un théâtre de contrastes — des parois sombres comme l’ombre, traversées de temps à autre par des faisceaux de lumière blanche tombant d’en haut. Le grès change de couleur à mesure qu’on s’enfonce : les parties extérieures sont du rouge ferreux familier, mais à l’intérieur la roche vire à l’orange, puis presque au jaune là où elle est à l’abri de la poussière.
Il y a une étrange intimité dans les canyons en fente. Les parois sont si proches qu’on prend conscience de la roche comme d’une surface plutôt que d’un paysage — on la lit comme on lit une page. Ce qui est, je crois, exactement la façon dont les gens qui ont laissé ces inscriptions la comprenaient.
Notes pratiques
Le sol du canyon est sableux et parfois mouillé après la pluie. Il est plus facile d’y entrer pieds nus ou en sandales qu’en chaussures de randonnée, même si l’escalade des rochers près de l’entrée justifie un chaussage solide pour l’approche. La plupart des tours en jeep s’y arrêtent 20 à 30 minutes, ce qui suffit à parcourir deux fois la section accessible mais pas à vraiment s’attarder sur les inscriptions. Si vous pouvez négocier du temps supplémentaire, faites-le — c’est un lieu qui récompense la patience.
Quand y aller : Le milieu de matinée (9 h-11 h) laisse entrer la lumière dans le canyon sans la pleine chaleur de midi. Évitez les après-midi d’été au plus fort, quand les parois étroites piègent la chaleur comme un four. Les visites en hiver et au printemps sont idéales — janvier et février peuvent être froids, mais le canyon est d’une atmosphère saisissante sous une lumière basse.
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