Un ravin étroit drapé de forêt subtropicale, un ruisseau clair se faufilant entre des blocs de calcaire pâle sous une canopée de fougères arborescentes et de lianes pendantes
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Valle del Lunarejo

"L'Uruguay ne ressemble pas à ça. Sauf ici, où il y ressemble."

Un système de ravins caché dans les collines du nord de l'Uruguay, devant lequel la plupart des voyageurs passent en voiture sans en soupçonner l'existence — l'un des paysages les moins visités et les plus discrètement extraordinaires du pays.

L’Uruguay est réputé plat. C’est ce que les gens disent, c’est en grande partie exact, et cela fait du Valle del Lunarejo l’une des surprises les plus déroutantes du continent. Caché dans le département de Rivera, près de la frontière brésilienne, ce système de ravins et de collines brisées semble emprunté à un tout autre endroit — à Misiones peut-être, ou à un coin du sud brésilien — puis laissé ici sans explication.

S’y rendre exige soit une voiture de location, soit un bus jusqu’à Rivera puis un colectivo local qui fonctionne selon la logique des bus ruraux du monde entier : il arrive, il repart, et l’horaire est un geste plutôt qu’un engagement. J’y suis allé en voiture de location. La route depuis la Ruta 30 devient du gravier puis le genre de piste où l’on est reconnaissant de la garde au sol d’un 4x4 et plus reconnaissant encore de l’absence de circulation en sens inverse.

Le ravin lui-même

L’Arroyo Lunarejo taille dans le calcaire et l’argile rouge, dévalant par une série de petites cascades vers des bassins qui restent froids et clairs même en été. Les falaises de part et d’autre sont couvertes de fougères arborescentes, de broméliacées et d’un palmier indigène, le butiá, qui pousse selon un angle suggérant qu’il prend ses propres décisions. L’effet est celui d’un tunnel de verdure, le ciel n’étant visible que dans une bande étroite juste au-dessus de la tête.

J’ai parcouru le sentier principal pendant deux heures dans les deux sens et n’ai vu qu’une seule autre personne, un chercheur de Montevideo qui comptait les oiseaux, planchette à la main et avec la joie contenue de quelqu’un faisant exactement ce pour quoi il est venu. Il m’a dit qu’ils avaient catalogué plus de deux cents espèces dans la vallée. J’ai demandé lesquelles étaient les plus remarquables. Il a commencé à les énumérer. J’ai fini par comprendre que j’avais posé une question sans fin.

La faune et la forêt

La forêt abrite ici des tapirs, même si vous ne les verrez pas sans une patience considérable et des matinées précoces. Ce que vous verrez, ce sont des perroquets en quantité, plusieurs espèces de toucans à la bonne période de l’année, des capybaras le long des berges du ruisseau, et des coatis qui vous toisent du regard évaluateur d’animaux ayant conclu que les touristes étaient une proposition mitigée.

L’avifaune est la principale raison pour laquelle les naturalistes sérieux font le voyage. La forêt-galerie subtropicale survit ici parce que le terrain n’a jamais valu la peine d’être défriché pour l’élevage — un heureux accident d’inaccessibilité qui a préservé quelque chose que le reste du département a perdu.

La posada et la logique du séjour

Il n’y a qu’une option principale d’hébergement dans la vallée — une posada tenue par une famille installée ici depuis assez longtemps pour que la distinction entre le gîte et le paysage soit devenue floue. Les chambres sont simples. La nourriture, c’est de la cuisine maison avec ce qui était disponible, ce qui s’est traduit par une cazuela de poisson de rivière un soir et un asado le lendemain. La fille du propriétaire m’a montré où l’on pouvait parfois apercevoir le caïman au crépuscule le long du ruisseau du bas. Nous sommes restés parfaitement immobiles pendant vingt minutes avant qu’il ne bouge. Elle avait fait cela bien des fois et restait totalement intéressée, ce que j’ai trouvé rassurant.

Bien viser le moment

La vallée est accessible toute l’année, mais la route devient véritablement difficile en saison des pluies (d’avril à juin), quand l’argile rouge devient ce que je ne peux décrire que comme un engagement. La saison sèche, de juillet à octobre, vous offre des sentiers dégagés et des niveaux d’eau plus bas qui permettent de marcher dans le lit même du ruisseau.

La ville voisine de Rivera, sur la frontière brésilienne, peut servir de base utile — il y a une demi-heure de route jusqu’à la vallée, et la dynamique de ville double que Rivera entretient avec Livramento, de l’autre côté de la frontière invisible, lui confère une énergie qui fait partie de sa propre histoire.

Quand y aller : d’août à novembre, les sentiers sont secs, l’avifaune est active pendant la migration printanière et les températures rendent les longues marches confortables. Évitez les mois les plus pluvieux (avril-mai) à moins que votre voiture n’ait une garde au sol sérieuse et que vous ne voyiez pas d’inconvénient à vous embourber de manières intéressantes.