La vallée de Sóller vue depuis les montagnes de la Serra de Tramuntana, des orangeraies en terrasses remplissant le bassin avec le clocher de la ville en son centre
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Sóller

"Sóller, c'est la Majorque qu'on a laissée tranquille assez longtemps pour qu'elle fasse pousser des oranges plutôt que des hôtels."

Un tramway en bois cahote à travers des orangeraies depuis une vallée de montagne jusqu'à une baie en fer à cheval, et tout le trajet sent vaguement la fleur d'oranger et le diesel.

La Serra de Tramuntana enserre Sóller si étroitement que, pendant la majeure partie de son histoire, la ville a regardé vers la mer avant de regarder vers le reste de Majorque — plus facile d’expédier des oranges à Marseille que de les transporter par-dessus les montagnes jusqu’à Palma. Cet isolement explique pourquoi Sóller donne l’impression d’être une île entièrement différente : un large bassin de vallée, en terrasses d’agrumes, ceinturé de pics calcaires gris qui accrochent les nuages même par temps clair. J’ai pris le vieux train en bois depuis Palma, la même ligne à voie étroite en service depuis 1912, financée en grande partie par des familles de Sóller qui avaient fait fortune dans le commerce des oranges en France. Il grimpe à travers la forêt de pins et traverse la montagne elle-même en tunnel avant de redescendre dans la vallée, et au moment où l’on pose le pied sur le quai, l’air sent déjà différemment — plus vert, plus doux, humide de l’eau d’irrigation.

L’Argent Moderniste Laissé Derrière

La richesse des agrumes de Sóller a bâti un centre-ville qui ne ressemble en rien à un pueblo majorquin typique. La Plaça de la Constitució est dominée par l’église Sant Bartomeu, dont la façade Art Nouveau a été repensée en 1904 par un disciple de Gaudí, toute en pierre sinueuse et une rosace qui semble boulonnée depuis un siècle différent du reste du bâtiment. Juste à côté, l’immeuble de la Banco de Sóller porte les mêmes empreintes modernistes — de l’argent des orangeraies dépensé en style importé, rapporté par des familles qui faisaient des allers-retours en France depuis des générations. Je me suis assis à une table de café sur la place avec un café con leche et j’ai simplement regardé passer les tramways — le vieux tranvía électrique qui relie la ville au port — assez près pour presque effleurer les chaises en terrasse, faisant sonner une cloche que plus personne ne semble prendre au sérieux.

La façade Art Nouveau de l'église Sant Bartomeu sur la place principale de Sóller avec le tramway d'époque passant devant

Vers le Port, Vers les Montagnes

Le tramway continue depuis le centre-ville jusqu’au Port de Sóller, une baie en fer à cheval presque parfaite que les Romains, puis plus tard les pirates barbaresques, ont tous deux reconnue comme un port utile — il reste encore une tour défensive, la Torre Picada, sur le promontoire, datant de l’époque où la côte devait être surveillée contre les raids au seizième siècle. J’y ai nagé dans une eau si calme et claire qu’elle comptait à peine comme de l’océan, puis j’ai marché sur le sentier côtier vers le phare du Cap Gros tandis que la lumière s’allongeait et dorait la crête de la Tramuntana derrière moi. Les montagnes elles-mêmes sont la raison pour laquelle l’UNESCO a classé toute la Serra de Tramuntana comme paysage culturel du patrimoine mondial — non pas pour les sommets seuls mais pour les terrasses en pierre sèche, un exploit d’ingénierie de murs et de canaux d’eau construits sur huit siècles pour rendre ces pentes cultivables.

La baie en fer à cheval du Port de Sóller avec la tour de guet Torre Picada et une eau turquoise calme au crépuscule

Avant de quitter la vallée, j’ai acheté un filet d’oranges de Sóller à un étal au bord de la route équipé d’une caisse de confiance, sans aucun vendeur en vue. Elles étaient plus petites et moins symétriques que les fruits de supermarché et, sans conteste, les meilleures oranges que j’ai mangées de ma vie, ce qui résumait tout l’argument de la vallée sous forme d’agrume.

Quand y aller : Mars apporte le parfum de fleur d’oranger qui fait la réputation de la vallée ; mai et octobre offrent le meilleur compromis entre un temps de randonnée idéal dans la Tramuntana et une eau assez chaude au port.