Créneaux de grès rouge du château de Silves s'élevant au-dessus des toits en terre cuite de la vieille ville
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Silves

"Silves régnait autrefois sur tout l'Algarve, et debout sur ses murailles, on sent encore qu'elle en avait de bonnes raisons."

Un château de grès rouge dominant des orangeraies marque l'ancienne capitale maure de l'Algarve, une ville qui régnait sur cette côte mille ans avant l'arrivée des stations balnéaires.

Le château de Silves a la couleur du sang séché, ce qui paraît inquiétant jusqu’à ce qu’on apprenne que c’est simplement le grès local, extrait et empilé en murailles il y a mille ans par des ingénieurs maures qui comprenaient quelque chose à la pérennité. J’ai grimpé depuis les berges du fleuve un chaud matin d’avril, en passant devant des orangeraies chargées de fruits, et plus je m’approchais, plus le château semblait rayonner — cet ocre-rouge profond contre un ciel bleu et dur, des créneaux assez intacts pour qu’on puisse en faire tout le tour et surplomber une ville qui, sous domination islamique, fut jadis la plus importante de tout l’Algarve, plus grande et plus riche que ne le seraient Faro ou Lagos pendant des siècles encore.

La capitale d’avant que la côte ne compte

Sous les Maures, Silves s’appelait Xelb, et aux onzième et douzième siècles, c’était un véritable centre de savoir et de commerce, assez célèbre pour que des poètes arabes écrivent sur ses jardins et sa soie. Le fleuve qui paraît aujourd’hui modeste et bordé de roseaux portait autrefois des navires depuis la mer, faisant de Silves une ville portuaire malgré son emplacement à plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres — un détail qui m’a surpris jusqu’à ce qu’un habitant, au guichet du château, m’explique que le fleuve s’est considérablement envasé depuis le treizième siècle. La conquête chrétienne de 1189, brièvement inversée puis définitivement scellée en 1249, a mis fin aux siècles de Silves comme capitale régionale ; le titre est finalement revenu à Faro, et la ville s’est installée dans le rythme plus tranquille et agricole qu’elle conserve aujourd’hui.

Toits en terre cuite de la vieille ville de Silves vus depuis les remparts du château, avec des orangeraies visibles dans les collines environnantes

J’ai passé l’après-midi à redescendre du château vers la Sé, l’ancienne cathédrale bâtie directement sur le site de la mosquée principale, sa charpente gothique visiblement rapiécée avec la pierre disponible après la reconquête. Puis j’ai fait ce que tout le monde à Silves semble faire en saison des oranges : j’ai acheté un sac de fruits directement à un étal en bordure de route à la sortie de la ville, des oranges si fraîches qu’elles étaient encore légèrement tièdes de soleil, le jus me coulant sur le poignet avant même d’avoir fini la première. J’ai réalisé que la réputation agrumicole de l’Algarve repose essentiellement sur des vergers comme ceux qui entourent Silves.

Étal en bordure de route empilé d'oranges fraîches juste à la sortie de Silves, avec des orangeraies visibles en arrière-plan

Quand y aller : Mars apporte la saison de la fleur d’oranger, quand les vergers autour de la ville parfument toute la vallée ; visitez le château tôt le matin avant que la journée ne chauffe, car les murailles de pierre gardent le soleil sans guère d’ombre.