Bateaux de pêche amarrés le long du front de mer de Setúbal, avec les collines de l'Arrábida s'élevant derrière l'estuaire du Sado
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Setúbal

"Setúbal ne se pomponne pour personne — elle continue simplement de débarquer du poisson et laisse le reste d'entre nous réaliser à quel point on a de la chance."

Un port de pêche encore bien vivant sur l'estuaire du Sado, où des dauphins chassent toujours dans le chenal du port et où l'odeur de seiche frite flotte à chaque coin de rue.

Je suis arrivé à Setúbal par le train local depuis Lisbonne, une demi-heure qui donnait l’impression de traverser un tout autre pays, et la première chose qui m’a frappé, c’est l’odeur — sel, gasoil et huile de friture, mêlés le long de l’Avenida Luísa Todi où la flotte de pêche s’amarre. Ce n’est pas une ville qui joue les « ports portugais pittoresques » pour les visiteurs ; c’en est un véritable, avec des hommes en bottes en caoutchouc qui nettoient les caisses au jet à six heures du matin et des mouettes qui se disputent les restes avec une agressivité qui laisse penser qu’elles font ça tous les jours de leur vie, parce que c’est le cas. J’ai commandé un choco frito dans une gargote avec chaises en plastique et menu manuscrit, et le patron a semblé sincèrement surpris qu’un étranger sache demander ça — de la seiche frite, coupée en lamelles, croustillante dehors et tendre dedans, arrosée de citron, accompagnée d’un vinho verde bien frais qui coûtait moins cher que le billet de bus qui m’y avait amené.

Des dauphins dans l’estuaire

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’étaient les dauphins. L’estuaire du Sado, juste là où le fleuve rejoint l’Atlantique en contrebas de la ville, abrite l’une des rares populations résidentes de grands dauphins qu’il reste en Europe, et par une matinée calme, on peut voir leurs ailerons dorsaux fendre l’eau depuis le front de mer sans même réserver une sortie en bateau. J’en ai réservé une quand même, une petite structure basée à la marina, et j’ai passé deux heures à observer un groupe travailler le chenal entre les bateaux de pêche, totalement indifférent à nous, bien plus intéressé par ce que la marée poussait vers eux. La guide, une femme qui avait grandi à Setúbal et ne semblait jamais se lasser de ce spectacle, désignait des dauphins individuels par leurs cicatrices et la forme de leurs nageoires, comme si elle présentait des voisins.

Grand dauphin faisant surface dans l'estuaire du Sado près de Setúbal, avec des bateaux de pêche en arrière-plan

Fromage, vin, et un marché qui ne s’arrête jamais

Setúbal est aussi la porte d’entrée des collines de l’Arrábida et du pays viticole d’Azeitão juste derrière, et c’est au Mercado do Livramento — une halle de marché Art déco couverte de carreaux, à deux pas de l’eau — que je l’ai compris. Les étals vendent des meules de queijo de Azeitão, ce fromage de brebis si mou qu’on le mange à la cuillère plutôt qu’au couteau, à côté de bouteilles de Moscatel de Setúbal, sirupeux, que les vignerons d’ici fortifient depuis le dix-huitième siècle. J’ai acheté un morceau de fromage, une bouteille de Moscatel, et je me suis assis sur le muret du port en regardant les bateaux de pêche rentrer pour l’après-midi, les collines de l’Arrábida virant au vert doré dans la lumière déclinante derrière l’estuaire.

Intérieur en carreaux Art déco du Mercado do Livramento à Setúbal, avec ses étals de fromage et de produits frais

Quand y aller : De la fin du printemps au début de l’automne, l’eau est calme pour les sorties dauphins et le choco frito le plus frais, mais évitez les week-ends d’août quand les Lisboètes envahissent les plages — venez en semaine et la ville sera entièrement à vous.