Samarra
"Les Abbassides ont construit une capitale destinée à éclipser Bagdad. Pendant soixante ans, elle y est parvenue."
Une capitale éblouissante et éphémère du IXe siècle sur le Tigre, où un minaret en spirale grimpe encore au-dessus des ruines de ce qui fut la plus grande ville du monde.
Le minaret Malwiya s’annonce de loin comme presque rien d’autre en Irak — un cône en spirale de brique crue de cinquante-deux mètres, sa rampe extérieure s’enroulant vers le haut comme quelque chose qu’un enfant dessinerait si on lui demandait d’imaginer une tour ancienne. Je l’ai gravi le premier après-midi de mon séjour à Samarra, la rampe assez large pour que deux personnes se croisent mais assez étroite pour se sentir véritablement exposé, sans garde-corps sur le bord extérieur, le vent forcissant à mesure que je montais. Au sommet, la vue est tout l’intérêt de la chose : la vaste empreinte, largement non fouillée, de ce qui fut, pendant environ soixante ans au IXe siècle, la capitale du califat abbasside et, dit-on, la plus grande ville du monde.
Les Abbassides ont construit Samarra en 836 de notre ère, en partie pour éloigner de Bagdad leur indisciplinée garde militaire turque et en partie, je le soupçonne, parce qu’une nouvelle capitale permet à une dynastie d’écrire son propre mythe à partir de zéro. Ils ont construit vite et immense — la Grande Mosquée à laquelle appartenait le Malwiya était, à l’époque, la plus grande mosquée du monde, ses murs extérieurs traçant encore un rectangle que l’on peut parcourir à pied pendant un bon moment avant de revenir à son point de départ. Les palais s’étendaient le long de la rive du fleuve sur des kilomètres, des canaux furent creusés, des jardins plantés, puis, en 892, le califat retourna à Bagdad et Samarra se dégonfla presque aussi vite qu’elle s’était gonflée. Ce que l’on parcourt aujourd’hui est l’un des plus vastes sites archéologiques de la planète en superficie — et l’un des moins fouillés, précisément parce qu’elle fut habitée si brièvement que les villes ultérieures ne l’ont jamais enterrée sous elles-mêmes.

Samarra est aussi un lieu de pèlerinage vivant, pas seulement une ruine, et c’est là que l’histoire moderne s’alourdit. Le sanctuaire d’Al-Askari, sacré pour les musulmans chiites en tant que lieu de sépulture des dixième et onzième imams, se dressait au cœur de la ville moderne — son dôme doré étant l’une des structures religieuses les plus photographiées d’Irak — jusqu’à ce qu’il soit bombardé en février 2006, un attentat qui a déclenché une partie des pires violences sectaires de toute la guerre d’Irak. Je me suis tenu dans la cour reconstruite, le nouveau dôme resplendissant, sa feuille d’or appliquée par des artisans qui y ont travaillé pendant des années, et j’ai parlé avec un jeune gardien du sanctuaire qui était enfant lors du bombardement et se souvenait du bruit parvenant jusqu’à sa maison de l’autre côté de la ville. La reconstruction ici n’est pas une abstraction. Elle est personnelle, récente, et encore en train d’être payée.

Ce qui m’a le plus marqué en quittant Samarra, c’est la façon dont l’ambition du IXe siècle et le deuil du XXIe siècle se côtoient à distance de marche — un minaret en spirale construit pour proclamer la confiance d’une nouvelle capitale, et un dôme doré reconstruit érigé pour proclamer qu’une communauté blessée entend continuer à se rassembler exactement là où elle a été attaquée.
Quand y aller : D’octobre à avril pour le site archéologique, quand on peut parcourir le terrain exposé autour du Malwiya sans une chaleur écrasante. Vérifiez les conditions de sécurité actuelles avant de visiter la zone du sanctuaire, car Samarra se trouve dans une zone de sécurité historiquement sensible au nord de Bagdad.