The Brahmaputra River at Guwahati at sunset with the temple-topped Umananda Island visible midstream
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Guwahati

"Chaque autre fleuve indien que j'avais vu paraissait bien sage à côté du Brahmapoutre à Guwahati -- celui-là a toujours l'air capable de tout."

La porte d'entrée de l'Assam sur le Brahmapoutre, abritant un temple de sacrifices sanglants voué à une dévotion féroce et un sanctuaire insulaire qu'on rejoint en barque.

J’avais lu des textes sur le Brahmapoutre pendant des années avant de me tenir enfin sur sa berge à Guwahati, et aucune photo ne m’avait préparé à son échelle réelle. Ce n’est pas vraiment un fleuve qu’on regarde d’une rive à l’autre, mais plutôt un fleuve qu’on contemple comme une mer — plus de dix kilomètres de large par endroits en aval, une lente étendue brune charriant plus d’eau que le Nil, se déplaçant avec un poids presque géologique. Guwahati se dresse sur sa rive sud comme la capitale de facto du nord-est de l’Inde, la plaque tournante que traverse tout voyageur se dirigeant vers le Meghalaya, l’Arunachal Pradesh ou le Nagaland, et il serait facile de la traiter comme une simple escale. Ce serait une erreur.

Kamakhya et la ferocité du culte de la Shakti

Le temple de Kamakhya se dresse sur la colline de Nilachal, au-dessus de la ville, et il ne ressemble à aucun autre temple que j’ai visité ailleurs en Inde. C’est l’un des 51 Shakti Peethas — des sites répartis à travers le sous-continent censés marquer les endroits où des parties du corps de la déesse Sati seraient tombées quand Shiva portait son cadavre dans son chagrin — et la partie du corps spécifiquement associée à Kamakhya est le yoni, faisant de ce lieu un centre du culte tantrique et de la Shakti bâti autour de la fertilité et du pouvoir créateur plutôt qu’autour de l’iconographie plus familière que j’avais vue ailleurs. Le temple n’a pas d’idole au sens conventionnel ; le sanctuaire intérieur abrite une fissure rocheuse naturelle, maintenue perpétuellement humide par une source souterraine, que les pèlerins descendent par d’étroites marches de pierre pour la toucher dans une obscurité éclairée uniquement par des lampes à huile. Le sacrifice d’animaux — des chèvres, surtout — s’y pratique encore quotidiennement, une pratique dont la majeure partie de l’Inde hindoue s’est éloignée mais que Kamakhya maintient sans complexe, et j’ai regardé une file de pèlerins avancer avec une intensité concentrée, sans esbroufe, que je n’avais ressentie dans aucun des temples plus photogéniques plus au sud.

The ochre-domed towers of Kamakhya Temple on Nilachal Hill above Guwahati

En contrebas, sur les berges du fleuve, j’ai loué une barque au ghat près d’Uzan Bazaar pour traverser jusqu’à Umananda, une petite île au milieu du Brahmapoutre abritant un temple de Shiva construit en 1694 par le roi ahom Gadadhar Singha. On la présente parfois comme la plus petite île fluviale habitée du monde, et la traversée en barque — environ dix minutes, le batelier ramant fermement contre un courant plus puissant que ce à quoi je m’attendais — avait des allures de petit pèlerinage à elle seule. L’île est aussi, de façon inattendue, l’un des derniers habitats du langur doré, et j’ai observé une troupe se déplacer parmi les arbres du temple pendant que l’encens montait du sanctuaire en contrebas.

A wooden rowboat crossing the Brahmaputra toward the temple on Umananda Island

Les soirées ici appartiennent au fleuve. Je me suis assis à un stand de chai le long de la promenade du Brahmapoutre tandis que le soleil descendait derrière la silhouette d’Umananda, les bateaux de pêche rentrant pour la nuit, et j’ai compris pourquoi chaque Assamais que j’ai rencontré parlait “du fleuve” comme on parle ailleurs d’un membre de sa famille.

Quand y aller : D’octobre à avril pour un temps plus frais et plus sec et des conditions fluviales plus calmes — la mousson (juin à septembre) gonfle le Brahmapoutre de façon spectaculaire et peut rendre la traversée vers Umananda réellement risquée.