Haridwar
"Le soir où je me suis tenu dans une foule de dix mille inconnus, tous tournés vers le même fleuve, tous tenant une flamme flottante."
Le point où le Gange quitte les contreforts himalayens pour rejoindre la plaine, et où des milliers de personnes se rassemblent chaque soir à Har Ki Pauri pour la Ganga Aarti.
Haridwar signifie “porte de Dieu”, et la ville mérite ce nom au sens littéral : c’est ici que le Gange, après avoir passé sa jeunesse à dévaler depuis le glacier de Gangotri à travers des gorges de montagne, ralentit enfin et s’étale sur la plaine indo-gangétique. J’y suis arrivé en train depuis Delhi en fin d’après-midi, et le temps de déposer mon sac dans une pension près du fleuve, les rues se remplissaient déjà — pas particulièrement de touristes, mais de pèlerins, de familles, de sadhus, et de marchands vendant de petites barques de feuilles chargées de soucis et d’un diya allumé, prêtes à être mises à l’eau.
Har Ki Pauri au crépuscule
Chaque soir, sans exception, le ghat connu sous le nom de Har Ki Pauri — “les pas du Seigneur”, censé porter une véritable empreinte de pied de Vishnou sur un mur voisin — se remplit de milliers de personnes pour la Ganga Aarti, une cérémonie du feu offerte au fleuve en tant que déesse. J’ai trouvé une place sur les marches vers 18h30, coincé entre une famille du Pendjab et un groupe de sadhus au front strié de cendres, et j’ai regardé des prêtres sur des plateformes surélevées balancer d’immenses lampes de laiton à étages multiples en arcs synchronisés tandis que la foule autour de moi psalmodiait, que des cloches sonnaient de toutes les directions, et qu’un haut-parleur quelque part portait le son à travers l’eau. Quand la cérémonie s’est achevée, tout le monde a lâché ses diyas flottants en même temps, et pendant quelques minutes, le fleuve sombre s’est constellé de centaines de petites flammes dérivant vers l’aval, tout le ghat se reflétant dans un orange scintillant.

Loin du ghat, Haridwar est une ville de pèlerinage laborieuse plutôt que polie — des ruelles étroites bondées de boutiques vendant des idoles en laiton, des perles de rudraksha et des sucreries prasad, des vaches errant sans être dérangées à travers la circulation, et l’odeur de kachori frit se mêlant à celle de l’encens à chaque coin de rue. J’ai pris le téléphérique un matin pour monter au temple de Mansa Devi sur la colline au-dessus de la ville, et depuis le sommet, toute la disposition des lieux prenait sens : le fleuve arrivant des montagnes derrière, s’étalant large et calme à travers la ville, puis continuant plat et argenté vers les plaines qui s’étendent, pour ainsi dire sans interruption, jusqu’au golfe du Bengale.

Quand y aller : Toute l’année, bien que la Kumbh Mela et l’Ardh Kumbh Mela (organisées selon un cycle rotatif) attirent des millions de personnes et méritent d’être vues au moins une fois si les dates coïncident ; d’octobre à mars offre le temps le plus confortable pour le reste d’entre nous.