Vue depuis le point de vue de l'île de Padar surplombant trois baies en croissant aux sables contrastés
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Île de Padar

"J'ai gravi beaucoup de points de vue rien que pour la photo. Padar est le seul qui m'ait fait oublier de la prendre."

Un escalier abrupt, une selle rocheuse perdue dans les nuages, et trois baies en croissant aux sables de trois teintes différentes : Padar mérite chaque marche.

Notre bateau est resté à dériver au large de Padar une bonne dizaine de minutes avant que personne ne bouge, tous fixant la silhouette de l’île contre le gris de l’aube — cette petite bosse de roche déchiquetée, seule dans le détroit entre Komodo et Rinca. Nous avions quitté Labuan Bajo vers 4h30 du matin, café dans des gobelets en carton, la moitié des passagers endormis sur les coussins du pont. Lia n’en faisait pas partie. Elle avait lu que Padar n’abritait aucune population résidente de dragons, contrairement à ses deux célèbres voisines, et n’arrêtait pas de dire que ça la rassurait étrangement, comme si nous avions enfin gagné le droit à une randonnée dans le parc national de Komodo sans avoir à scruter les buissons.

L’escalier qui grimpe n’a rien d’une promenade — ce n’est pas long selon les standards de la randonnée, une quarantaine de minutes tout au plus, mais il s’élève de près de 300 mètres en lacets taillés à même un versant sec et exposé, et dès le troisième palier, ma chemise me collait déjà au dos. Ce qui m’a fait avancer plus vite que mes jambes ne le voulaient, c’est de voir le paysage se composer morceau par morceau : d’abord une baie, puis une deuxième crête qui en révélait une troisième, jusqu’à ce que nous atteignions la selle et que tout s’ouvre d’un coup — trois plages distinctes en forme de croissant, l’une au sable presque noir, l’autre teintée d’un rose pâle, encerclant des baies d’une eau au dégradé impossible de turquoise à bleu marine. C’est l’image que reprend chaque brochure sur Komodo, et je m’étais préparé à ne pas être impressionné par quelque chose d’aussi photographié. Je me trompais.

Sunrise light hitting the ridgeline trail on Padar Island

Nous sommes restés assis là-haut près d’une heure, à partager un sachet de cacahuètes grillées acheté la veille à un étal de Labuan Bajo, regardant les lumières d’autres bateaux traverser le détroit vers Komodo et Rinca. Lia m’a fait remarquer qu’un dragon traverse parfois à la nage depuis ces îles jusqu’à Padar, ce qui est techniquement vrai et qu’elle n’avait absolument pas besoin de me préciser à cet instant précis, sur une corniche rocheuse sans la moindre barrière. Je lui ai fait répéter deux fois, juste pour savourer le frisson comme il se doit. En contrebas, notre bateau ressemblait à un jouet planté dans la baie au sable rose, et je me souviens avoir pensé que le fait que le parc national de Komodo soit à la fois classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et réserve de biosphère depuis 1977 prenait soudain tout son sens, vu d’ici : ce n’est pas un lieu qu’on protège pour une seule raison.

The pink-tinged sand of one of Padar Island's three crescent bays seen from above

La descente s’est révélée presque plus difficile que la montée, cette roche friable sous les pieds exigeant autant d’attention que le panorama nous en avait offert. Nous étions de retour sur le bateau avant 8 heures, déjà salés et légèrement brûlés par le soleil, et je me souviens que Lia a dit qu’elle recommencerait volontiers le lendemain matin si on pouvait. Moi aussi.

Quand y aller : Nous y sommes allés en octobre, pile dans cette fenêtre entre avril-juin et septembre-novembre où la mer reste assez calme pour une traversée matinale et où le point de vue de la selle n’a pas à lutter contre la brume — une période à privilégier en organisant votre séjour à Florès si les photos de lever de soleil comptent pour vous.