Turquoise Ounianga lake fringed with palm groves surrounded by golden Saharan dunes
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Lacs d'Ounianga

"Debout dans un désert, j'ai regardé Lia nager dans un lac qui ne devrait pas exister."

Dix-huit lacs impossibles scintillant dans le Sahara, alimentés par un aquifère fossile qu'aucune sécheresse n'a jamais atteint.

Je n’arrive toujours pas à croire tout à fait les photos que j’ai prises à Ounianga. Lia et moi avions traversé la majeure partie du nord du Tchad avant d’y arriver, et rien ne vous prépare à gravir une dune au beau milieu de l’endroit le plus sec de la planète pour découvrir de l’eau — pas un mirage, pas une flaque, mais une chaîne de dix-huit lacs qui s’étire jusqu’à l’horizon. C’est le premier site du Tchad inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, en 2012, et le moment où l’on comprend pourquoi est exactement celui où l’on s’arrête de marcher pour simplement contempler.

Nous nous sommes d’abord installés près du groupe d’Ounianga Kebir, et c’est le lac Yoan qui m’a littéralement coupé le souffle. Il est cerné d’un épais collier de palmiers-dattiers, son eau d’un turquoise impossible se détachant sur les dunes, et pourtant rien n’y vit — elle est si saline qu’aucun poisson n’y survit. Notre guide, qui avait grandi à Faya-Largeau, m’a expliqué que la croûte de sel du lac gonfle et se retire au fil des saisons, comme une respiration. Je me souviens m’être accroupi au bord de l’eau, y trempant la main dans ce liquide si chargé en minéraux qu’il en devenait presque huileux, pendant que le vent balayait le sable sur les palmes au-dessus de nous.

Lake Yoan's saline turquoise water ringed by a dense collar of date palms in the Sahara

Rouler jusqu’au groupe d’Ounianga Serir deux jours plus tard donnait l’impression de changer de planète. Le lac Teli, d’eau douce et paisible, abrite lui de petites populations de poissons — un détail que notre guide a souligné avec une vraie fierté, tant presque rien d’autre ne survit dans ces parages. Ce qui frappe surtout, c’est l’ampleur de ce qui se cache sous tout cela : ces lacs ne sont pas alimentés par la pluie, ce sont les vestiges d’un Sahara bien plus humide, vieux de plusieurs milliers d’années, maintenus en vie aujourd’hui uniquement par un aquifère fossile enfoui sous le sable. Lia n’arrêtait pas de le répéter à voix haute, comme pour s’en convaincre elle-même — une eau plus ancienne que la mémoire, toujours affleurante, au cœur d’un désert qui ne reçoit pratiquement aucune pluie.

A Chadian guide standing at the edge of a freshwater Ounianga lake near sunset

Nous avons campé une nuit entre les deux groupes de lacs, assez près du plateau de l’Ennedi pour que sa silhouette de grès se découpe à l’horizon au petit matin. Je crois n’avoir ressenti un tel isolement nulle part ailleurs dans nos voyages — aucun village, aucune lumière, seulement Lia, notre guide et un ciel si limpide qu’il en paraissait presque irréel. Rejoindre Ounianga demande de vrais efforts et un bon fixeur local, mais c’est précisément cet isolement qui rend l’arrivée si méritée.

Quand y aller : Privilégiez la période de novembre à février, quand la saison sèche du Tchad rafraîchit suffisamment le désert pour rendre supportable le long trajet terrestre jusqu’à la région du Borkou.