Kalaw
"On venait pour une marche de deux jours, on est restés une nuit de plus juste pour respirer encore une fois l'odeur des pins au matin."
Une ville de montagne parfumée aux pins, où les bungalows coloniaux côtoient les communautés népalaise, pa-o et danu, et où débute le sentier vers le lac Inle.
Lia et moi sommes descendus du bus de nuit venant de Yangon dans un air qui nous a vraiment fait frissonner, et après des mois dans la chaleur des plaines, ça m’a paru presque miraculeux. Kalaw se trouve à environ 1 320 mètres d’altitude dans les collines de l’État Shan, et on sent chaque mètre dès que la porte du bus s’ouvre. Les administrateurs britanniques ont bâti cet endroit au début du vingtième siècle comme un refuge en altitude pour échapper à la chaleur, et cela se voit encore dans les bungalows en bois aux toits de tôle inclinés et les allées bordées d’eucalyptus, qui donnent l’étrange impression d’un village européen égaré en Asie du Sud-Est.
Ce qui m’a le plus frappé, pourtant, c’est à quel point la ville semblait faite de strates dès qu’on s’est mis à marcher dans ses rues. Des familles gurkhas népalaises, descendantes de soldats de l’époque coloniale installés ici après leur service, préparent parmi les meilleurs momos et dal que j’aie goûtés en dehors du Népal. Les communautés bamar, pa-o et danu se partagent les mêmes rues de marché, et un matin, au marché central, j’ai vu une femme pa-o en turban sombre marchander des piments juste à côté d’un étal vendant des épices népalaises, comme si deux siècles de migrations tenaient dans une seule allée.

Nous étions venus à Kalaw surtout pour la randonnée vers le lac Inle, cette marche de deux à trois jours à travers forêts de pins et plantations de thé que font les routards depuis les années quatre-vingt-dix, et elle n’a pas déçu. Notre guide, un jeune Danu qui avait grandi dans l’un des villages traversés, s’arrêtait sans cesse pour montrer les théiers et expliquer à quelle famille appartenait chaque terrasse. La première nuit, nous avons dormi à même le sol dans un monastère de village, mangé du riz au curry avec la famille de l’instituteur du coin, et nous nous sommes réveillés sur une brume si basse dans la vallée que les plantations de thé semblaient flotter.

Quand nous sommes arrivés aux bateaux d’Inle, deux jours plus tard, j’avais les jambes courbaturées et les chaussures couvertes de boue rouge, mais les matins frais de Kalaw et ses petits-déjeuners moitié népalais, moitié shan me manquaient déjà. Nous avons fini par repasser par la ville en remontant vers le nord, surtout pour une assiette de momos de plus et une dernière balade sous les toits des pagodes dans la lumière du soir.
Quand y aller : privilégiez novembre à février, la période la plus fraîche et la plus sèche dans les collines Shan, quand les sentiers de randonnée sont aussi en meilleur état.
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