La vallée de la rivière Lanquín à l'heure dorée avec des collines couvertes de jungle
← Guatemala

Lanquín

"Lanquín n'est pas une destination, te dit-on tout le monde — et puis tu restes trois nuits de plus quand même."

Une ville-rue au bord de la rivière où des chauves-souris jaillissent d'une grotte calcaire au crépuscule, et où chaque porche d'auberge fait face à la même vallée verte.

Tout le monde traite Lanquín comme une simple étape, la dernière ville avant Semuc Champey, l’endroit où l’on dort avant les vasques et qu’on oublie en repartant. J’ai fait pareil lors de ma première visite — j’ai posé mon sac dans une auberge, demandé les horaires de la navette du matin, et prévu de repartir dans les vingt heures. Puis le soir est tombé, la vallée est devenue dorée, et j’ai compris pourquoi la moitié des clients du bar du Zephyr Lodge répétaient « juste une nuit de plus » depuis une semaine entière. La ville elle-même n’est guère plus qu’une seule rue en pente bordée de tiendas et de comedores, mais elle se niche dans un pli de collines jungleuses si complet et si vert que rester assis à le regarder suffit largement à justifier le déplacement.

La grotte et les chauves-souris

La vraie raison de s’arrêter à Lanquín, au-delà de la vue sur la vallée, c’est la grotte à sa lisière — les Grutas de Lanquín, un système calcaire que les Q’eqchi’ considèrent sacré, dédié à la divinité des enfers Tzuultaq’a. J’y suis entré en milieu d’après-midi avec une simple lanterne à kérosène et un guide qui connaissait manifestement le chemin au toucher plutôt qu’à la vue, pataugeant dans une eau à hauteur de cheville au milieu de stalactites éclairées d’orange et ruisselantes, des chauves-souris s’agitant au-dessus de nos têtes tout du long. Mais le vrai spectacle a lieu dehors, juste au crépuscule : se tenir à l’entrée de la grotte tandis que la lumière décline, et regarder des milliers de chauves-souris jaillir en un ruban noir continu, s’élevant en spirale contre les dernières couleurs du ciel pendant ce qui semble dix minutes ininterrompues. J’ai vu ailleurs en Amérique centrale des sorties de chauves-souris transformées en attraction touristique, avec gradins et vendeurs ; ici, rien de tout ça, juste une poignée d’entre nous adossés à la roche, sans un mot.

Bats streaming out of Lanquín cave entrance against a dusk sky

Descendre la rivière sur une chambre à air

L’autre rituel de Lanquín, c’est le tubing sur la rivière qui coule en contrebas de la ville — une descente paresseuse et ensoleillée sur une chambre à air de camion, un sac de chips coincé contre le ventre, sans nulle part où être. Des enfants du coin pagaient à côté en vendant de la bière fraîche depuis des canoës creusés dans des troncs, et le courant fait le reste du travail. Ça a des airs de cliché de routard jusqu’à ce qu’on soit vraiment dans l’eau, tournant lentement devant des falaises calcaires et des lianes suspendues, et chaque once de tension accumulée pour arriver jusque-là — le trajet cahoteux en camionnette depuis Cobán — s’évacue d’un coup de tes épaules.

Travelers floating on inner tubes down the jungle river near Lanquín

Loge plutôt dans l’un des lodges de colline qu’en ville même — tous les porches donnent sur la vallée, et les nuits sont bruyantes d’insectes et du murmure lointain de la rivière, d’une façon qui rend le sommeil facile malgré la chaleur.

Quand y aller : De janvier à avril pour les routes les plus sèches et l’eau la plus claire dans la grotte. La sortie des chauves-souris a lieu chaque soir toute l’année, alors organise ta journée autour du crépuscule quelle que soit la saison.