
Monument Valley
"Tous les westerns que j'avais aimés semblaient se tenir là, silencieux, dans le sable."
Des buttes et des mesas de grès rouge dressées comme les dernières tours d'une cité engloutie, sur les terres navajos à cheval entre l'Arizona et l'Utah. L'échelle des lieux vous submerge lentement, puis tout d'un coup, tandis que les ombres s'étirent sur le fond de la vallée au crépuscule.
Nous avons franchi une crête sur la Highway 163 et c’était là, la vue que tous les posters de road-trip ont volée : le long ruban d’asphalte désert filant tout droit vers des buttes qui semblaient trop grandes, trop ordonnées, pour être naturelles. Lia s’est garée sur le bas-côté pour qu’on puisse se planter au milieu de la route comme tout le monde, et j’ai ressenti quelque chose que je n’attendais pas, une sorte de reconnaissance. Tous les westerns que je regardais enfant, en France, se tenaient là, silencieux, dans le sable, et maintenant le vent était vraiment dans mon col et la poussière rouge vraiment sur mes chaussures.
La route de la vallée
Nous avons payé l’entrée au Navajo Tribal Park et parcouru nous-mêmes la boucle de terre de vingt-sept kilomètres, même si la piste est assez accidentée pour que j’aie serré le volant tout du long. Les fameux Mittens sont apparus les premiers, deux buttes aux pouces de pierre pointés vers le ciel, puis Merrick et l’Elephant et une dizaine d’autres, chacune se révélant à mesure que nous avancions lentement autour. Ce que les photos ne disent jamais, c’est à quel point c’est silencieux entre les arrêts, rien que le vent et le tic-tac du moteur qui refroidit, le grès passant du rouille à l’orange sang à mesure que le soleil se déplaçait. Lia n’arrêtait pas de chuchoter, alors qu’il n’y avait personne à déranger à part nous-mêmes.

Un guide navajo
Pour l’arrière-pays réglementé, il faut un guide navajo, et en engager un a été la meilleure décision de notre séjour. Le nôtre était un homme discret nommé Harrison, qui avait grandi dans la vallée, et il nous a conduits dans son pick-up cabossé jusqu’à des arches et des hogans que la boucle touristique n’atteint jamais. Il s’est arrêté devant une faille dans la roche, a joint les mains en coupe et a chanté quelques notes qui sont restées suspendues, se repliant sur elles-mêmes un long moment. Puis il nous a expliqué quelles formations sa famille utilisait comme calendrier, lesquelles renfermaient des histoires qu’il pouvait raconter et lesquelles non. Nous étions arrivés en pensant que Monument Valley était un décor ; nous sommes repartis en comprenant que c’était la maison de quelqu’un.

Coucher de soleil à The View
Nous avons passé la nuit à l’hôtel The View, dont chaque chambre fait face aux Mittens, et je n’ai pas honte de dire que nous sommes restés deux heures sur notre petit balcon à ne rien faire du tout. Les buttes sont passées de l’orange au violet, puis à un bleu profond et meurtri, et les étoiles sont sorties une à une jusqu’à ce que le ciel en soit épais, plus que je n’en avais jamais vu. Lia a fait du thé avec la bouilloire de la chambre et nous nous sommes enroulés dans la couverture en regardant les Mittens disparaître dans le noir. Quelque part, un coyote s’est mis à hurler, puis s’est tu. Ce fut, sans exagérer, l’une des plus belles soirées de ma vie.

Comment y aller
Monument Valley chevauche la frontière entre l’Arizona et l’Utah, sur les terres de la Nation Navajo, un endroit véritablement isolé et qui mérite l’effort qu’il demande. Nous sommes montés depuis Flagstaff, environ trois heures vers le nord en passant par Kayenta, même si beaucoup de voyageurs l’intègrent à une boucle avec le Grand Canyon et les parcs du sud de l’Utah. Les aéroports notables les plus proches sont Flagstaff et Page, chacun à quelques heures de route. Sachez que la Nation Navajo observe l’heure d’été même quand le reste de l’Arizona ne le fait pas, alors vérifiez bien l’heure avant de réserver un lever de soleil. Prévoyez du liquide pour les guides, roulez lentement sur la boucle et accordez au moins une nuit à cet endroit.
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