Crêtes montagneuses ensoleillées avec une forêt dense et des prairies ouvertes dans le comté de Zhaosu, Ili, Xinjiang

Asie

Xinjiang

"Je suis venu chercher un désert et je suis reparti en reconsidérant tout ce que je croyais savoir sur la Chine."

Je suis arrivé à Kashgar par un train de nuit depuis Urumqi sans aucun cadre de référence. Des années de voyages en Asie centrale, au Moyen-Orient, dans l’ouest de la Chine ne m’avaient pas préparé à ce bazar dominical — dix mille personnes qui échangeaient des moutons, des épices, des casseroles en cuivre et des tapis tissés à la main dans un espace qui sentait le cumin, le bétail et quelque chose d’ancien que je ne peux toujours pas nommer. Ouïghour, russe, kirghiz, tadjik — des conversations superposées les unes aux autres comme un marché qui tourne, sous une forme ou une autre, depuis deux mille ans. Ce qui est exactement le cas.

L’échelle du Xinjiang est la première chose qui défie l’imagination. Le seul désert de Taklamakan est plus grand que la France. La chaîne du Tianshan — enneigée, d’un dramatisme impossible — traverse la région comme une colonne vertébrale, et les vallées de chaque côté existent dans des climats presque distincts. La vallée de l’Ili, au nord, est verte d’une façon qui vous prend par surprise : prairies alpines, champs de fleurs au printemps, nomades kazakhs déplaçant leurs troupeaux entre pâturages d’hiver et d’été. La photo à laquelle je reviens sans cesse de ce voyage n’est pas de dunes de sable ni de minarets anciens. C’est celle d’un matin dans le comté de Zhaosu, les montagnes captant la lumière matinale au-dessus d’une ligne d’arbres si dense et saturée qu’elle semblait peinte. Cette image n’a rien à voir avec le Xinjiang qui existe dans la bibliothèque mentale de la plupart des gens, et c’est précisément là que réside l’essentiel.

La cuisine suffit à justifier le voyage. Des nouilles laghman tirées à la main et sautées avec de l’agneau, des poivrons et de la tomate — un plat qui a migré vers l’ouest le long de la Route de la Soie pour devenir l’ancêtre des pâtes italiennes, si l’on en croit les historiens de la gastronomie, et debout devant un étal à Kashgar à les manger dans la rue, on y croit plus facilement. Le polo — le pilaf de riz ouïghour cuit avec des carottes et de la graisse d’agneau dans un chaudron grand comme une petite voiture. Les samsa, ces chaussons à l’agneau cuits dans des fours en argile qui vous brûlent les doigts à la sortie. Et le pain : du naan cuit sur les parois de fours tandoor, parsemé de sésame, encore chaud, encore le meilleur pain que j’aie mangé où que ce soit.

Quand y aller : De fin avril à juin pour la saison des fleurs sauvages dans la vallée de l’Ili et des températures douces. En septembre pour les récoltes, la lumière dorée et moins de visiteurs dans le sud, autour de Kashgar et Hotan. Août apporte la chaleur dans le Taklamakan mais aussi des cieux plus dégagés en montagne. Évitez janvier et février — les hivers à Urumqi sont vraiment rudes.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Xinjiang soit comme une curiosité désertique soit comme un titre d’actualité politique. Ni l’un ni l’autre ne rend compte de ce que c’est sur le terrain : une région d’une complexité géographique et culturelle extraordinaire où la Route de la Soie n’est pas une métaphore mais un tissu vivant qui continue de relier des peuples, des cuisines et des traditions à travers des frontières que les cartes s’obstinent à tracer autrement que les gens ne les vivent.