Chianti
"J'ai parcouru ces routes trois fois maintenant et je ne comprends toujours pas tout à fait la topographie."
Le paysage entre les villes
La zone du Chianti s’étend sur les collines entre Florence et Sienne, une bande de terrain qui court du nord au sud sur une quarantaine de kilomètres et qui défie tout résumé facile. Ce n’est pas une seule vallée — c’est une succession de crêtes, de creux et de clairières inattendues, des bois de chênes alternant avec des vignobles, des oliveraies sur les versants exposés au sud, des tours médiévales visibles sur les points les plus hauts. Les villages sont petits et ils ont tous des bars où l’espresso se prend au sérieux.
Je l’ai traversée en octobre, qui est le moment honnête pour être ici : les vendanges sont soit en train de finir, soit tout juste terminées, les feuilles tournent, et l’air sent le moût, la pierre humide et quelque chose de vaguement fumé. Les vignes passent du vert au jaune au rouge rouille en l’espace d’environ deux semaines fin octobre, et si vous tombez juste, tout le paysage se réchauffe.
Greve in Chianti est la ville principale — une piazza triangulaire bordée de bâtiments à arcades, un boucher célèbre pour sa finocchiona (salami au fenouil) et plusieurs cavistes sans aucun intérêt particulier à vous vendre quoi que ce soit dont vous n’avez pas réellement envie. J’ai passé une heure dans l’un d’eux à discuter avec le propriétaire de la raison pour laquelle sa Riserva était meilleure que celle de l’an dernier, et j’en suis ressorti avec deux bouteilles et une opinion tranchée sur les millésimes 2019.
Comment boire vraiment le vin
L’erreur consiste à traiter le Chianti Classico comme un simple vin de table parce que le prix est modeste. La zone DOCG du Classico produit des vins à base de Sangiovese qui vont du buvable au véritablement sérieux, et les mentions Riserva et Gran Selezione désignent des vins qui ont vieilli assez longtemps pour révéler de la complexité — cuir, cerise séchée, cette finale caractéristique à forte acidité qui les rend utiles avec un plat plutôt que contre lui.
Le cadre idéal pour un Chianti Classico, c’est une assiette de bistecca alla Fiorentina ou un ragù épais, idéalement dégusté sur une terrasse dans la lumière déclinante de l’après-midi. J’y suis parvenu sur une colline aux abords de Radda, dans un restaurant qui facturait très peu pour une très grande quantité de nourriture, et j’y suis resté assez longtemps pour que le soleil se couche et qu’on m’apporte une bougie.
Les villages qui valent le détour
Radda in Chianti se dresse sur une crête avec des vues à l’est et à l’ouest, ses remparts médiévaux assez intacts pour lui donner l’allure d’un véritable village fortifié. Castelnuovo Berardenga, à la bordure sud de la zone, a un caractère plus tranquille, plus agricole — moins touristique, davantage tourné vers la vie locale. Panzano in Chianti abrite le boucher Dario Cecchini, devenu quelque peu célèbre pour son approche théâtrale de la viande et qui produit réellement une bistecca exceptionnelle, si vous parvenez à naviguer dans la mise en scène qui l’entoure.
Je préfère Radda le soir, quand la lumière passe par-dessus la crête occidentale et que la vallée en contrebas se remplit d’ombre tandis que le village reste éclairé encore vingt minutes.
Les petits producteurs
Les grands domaines — Antinori, Frescobaldi, Badia a Coltibuono — sont bien documentés et valent la visite pour l’architecture autant que pour le vin. Mais les expériences les plus intéressantes se vivent avec des producteurs dont vous ne reconnaissez pas le nom, qui vous serviront un verre par-dessus un comptoir de pierre dans une cave qui sent le chêne et le temps, et qui vous expliqueront longuement ce qui rend leur bout de colline distinct de celui d’à côté.
Ces conversations suivent un schéma — terroir, altitude, le drainage spécifique du sol — et elles sont généralement justes dans leurs conclusions, même quand elles sont légèrement intéressées dans leur formulation.
Quand y aller : De septembre à novembre pour les vendanges et les couleurs d’automne, qui constituent la période la plus gratifiante sur le plan photographique et gastronomique. Mai et juin offrent des températures agréables et les vignes en feuilles. Juillet et août sont chauds et bondés le long de la route principale SS222, mais les routes secondaires sont plus calmes qu’on ne le penserait.