Une route de montagne sinueuse longeant un lac alpin turquoise entouré de terrain rocheux du Pamir, photo de Kokyo K

Asie

Tadjikistan

"L'altitude seule a suffi à reconfigurer ma notion de la distance."

J’ai passé la frontière du Tadjikistan depuis le Kirghizistan dans un taxi partagé qui sentait le gasoil et les abricots secs. Les formalités douanières ont été expédiées — un fonctionnaire blasé, un tampon, et soudain les Pamirs se sont ouverts devant nous comme une illustration de manuel de géographie qui aurait oublié de choisir une échelle. Les sommets ici ne ressemblent pas à des montagnes. On a l’impression que la terre a simplement décidé de continuer à monter. Le temps d’arriver à Murgab, le bourg le plus haut de la route, je respirais avec une légère délibération, rationnant chaque inspiration sans vraiment m’en apercevoir.

La M41 — la route du Pamir — est l’un des grands itinéraires terrestres de la planète, et contrairement à la plupart des choses qui portent cette réputation, elle tient ses promesses. La route n’est pas toujours bonne. Il y a des tronçons où “route” est un terme optimiste pour désigner une piste de terre compactée au bord d’un à-pic de mille mètres. Mais le paysage de chaque côté fait oublier d’avoir peur : des lacs d’un turquoise si intense qu’ils semblent colorés artificiellement, des plateaux si plats qu’on peut regarder un camion approcher pendant trente minutes avant qu’il n’arrive à hauteur, des vallées où les seules choses en mouvement sont des yaks et, de temps en temps, un aigle. Douchanbé, la capitale, est sous-estimée comme point de départ — elle a un centre agréable bordé d’arbres, un bazar avec du caractère, et des samsa dont je me souviens encore.

La cuisine tadjike est d’obédience centre-asiatique — plov, mantu, chorpa — mais l’agneau y a une qualité particulière qui vient du pâturage en altitude, et le pain plat qui sort d’un tandoor dans une maison de thé au bord de la route à 3 500 mètres est peut-être la chose la plus honnête que j’aie mangée depuis des années. Les gens sur la route du Pamir sont d’une hospitalité remarquable, et ce sans aucune transaction implicite. Une famille dans la vallée du Wakhan nous a invités à prendre le thé, qui est devenu un dîner, puis une nuit sur des nattes en feutre sous une cloison couverte de photos soviétiques. Personne n’a rien demandé en retour.

Quand y aller : Juin à septembre est la seule fenêtre viable pour la route du Pamir — les cols sont enneigés d’octobre à fin mai. Juillet et août sont le pic de saison, avec les meilleures conditions routières mais aussi plus de voyageurs sur la route. Juin et septembre offrent moins de monde et les mêmes paysages, même si les soirées en altitude rafraîchissent vite.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Tadjikistan uniquement comme un itinéraire de transit sur la route du Pamir — quelque chose à cocher entre le Kirghizistan et l’Afghanistan. Mais le pays récompense ceux qui prennent le temps de s’attarder. Ishkashim le jour du marché, quand les commerçants afghans traversent la rivière pour rejoindre le Tadjikistan, est un spectacle extraordinaire. Les montagnes Fann près de Pendjikent offrent un trekking qui rivalise avec n’importe quoi au Népal, avec une fraction de l’infrastructure et sans la moindre file d’attente. Le Tadjikistan n’est pas un décor. C’est la destination elle-même.