Un village alpin de maisons en pierre pâle blotties sous des pics dolomitiques dramatiques éclairés par l'orage, avec un tapis de prairies d'un vert profond

Europe

Tyrol du Sud

"J'ai commandé un café et je me suis retrouvé dans un monde qui n'arrivait pas à se décider."

Je suis arrivé à Bolzano par un train depuis Vérone, et dix minutes après être descendu sur le quai, je ne savais plus dans quel pays j’étais. Les menus étaient d’abord en allemand, puis en italien. Les enseignes des boutiques avaient des trémas. Un vieil homme au bar commandait son Verlängerter — un café allongé — dans un dialecte du Tyrol du Sud qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais jamais entendu, ni à Munich ni à Milan. Je suis resté là avec mon petit sac en me disant : oui, ça va être intéressant.

Le Tyrol du Sud est l’un de ces endroits rares où la collision de deux cultures n’a pas produit un compromis tiède mais quelque chose de genuinement tiers, qui lui appartient. La cuisine seule devrait suffire à trancher le débat : on y trouve du Speck — jambon fumé au genièvre, séché à l’air — à côté de Schlutzkrapfen faits à la main, des raviolis farcis aux épinards et à la ricotta, le tout arrosé de Lagrein, un cépage si tannique et si sombre qu’il paraît presque noir dans le verre, cultivé nulle part ailleurs avec la même intensité. J’ai déjeuné dans une Buschenschank — une taverne de vigneron à la ferme — aux abords de Caldaro un après-midi, un endroit sans carte imprimée qui se fichait royalement que vous restiez une heure ou quatre. J’y suis resté trois.

Le paysage n’est pas dans la demi-mesure. Les Dolomites ici sont les Dolomites dans ce qu’elles ont de plus théâtral — des tours de calcaire pâle qui virent à l’orange rosé au crépuscule, des prairies si vertes qu’elles semblent peintes, et des villages comme Ortisei et Santa Maddalena qui ont l’air d’avoir été disposés par quelqu’un qui voulait rendre les cartes postales inutiles en faisant simplement mieux que la réalité. Ce qui m’a surpris, c’est comme il est facile d’échapper aux circuits balisés des stations de ski. On loue un vélo, on prend n’importe quelle route de vallée vers l’est, et au bout d’une heure on se retrouve seul avec une chapelle en bois, un ruisseau et des vaches dont les cloches sonnent clair dans le silence.

Quand y aller : De juin à début juillet pour les fleurs sauvages et les sentiers tranquilles ; septembre pour les vendanges, les fêtes du vin dans les vallées de Caldaro et de Terlano, et la plus belle lumière de l’année. Évitez août — chaque Italien avec une voiture a la même idée. L’hiver est spectaculaire si vous skiez, mais les villages perdent leur rythme local au profit de la machine touristique des stations.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent le Tyrol du Sud comme une destination randonnée-ski avec une bonne table en prime. C’est l’inverse. La vraie raison de venir, c’est la culture culinaire — ce croisement entre la cuisine paysanne autrichienne, la décontraction du bar à vin italien et des producteurs artisanaux locaux qui font ça depuis des générations. Les montagnes sont le décor. La table est le sujet.