Asie
Plaine des Jarres
"Deux mille ans de mystère assis dans l'herbe, impassibles."
Le tuk-tuk m’a déposé au Site 1 vers sept heures du matin, avant l’arrivée des groupes organisés. La brume était encore basse sur le plateau et les jarres — des centaines, certaines plus hautes que moi, d’autres ouvertes comme des œufs fendus — étaient là dans l’herbe mouillée, sans rien faire, sans rien expliquer. C’est ça, la Plaine des Jarres : personne ne sait vraiment ce que c’est. Des urnes funéraires, des cuves à vin, des citernes pour des armées antiques ? Le consensus académique penche pour un usage funéraire, mais les archéologues continuent de se disputer et les jarres gardent le silence. Je suis resté deux heures et je suis parti avec la sensation d’avoir posé une question et de n’avoir reçu, en guise de réponse, qu’un haussement d’épaules très patient.
Le plateau se situe à environ 1 200 mètres dans la province de Xieng Khouang, ce qui signifie que l’air y est plus frais que partout ailleurs au Laos et que le paysage ressemble davantage à de la haute campagne qu’aux tropiques — herbe sèche en saison sèche, vert intense après les pluies, pins sur les crêtes. La ville de Phonsavan, à proximité, est fonctionnelle plutôt que charmante : guesthouses, stands de nouilles, quelques restaurants qui servent le whisky de riz Lao-Lao et du laab de buffle. Ce qui lui donne de la profondeur, c’est le poids de l’histoire récente. Cette région a été la plus bombardée par habitant de la planète pendant la Guerre secrète américaine dans les années 1960 et 70. L’association UXO Lao déminage encore des engins non explosés de ces champs. Les cratères de bombes sont visibles depuis la route. On marche sur des sentiers dégagés en restant entre les balises, et la raison n’a rien d’abstrait.
Quand y aller : De novembre à avril, c’est la saison sèche — ciel dégagé, routes poussiéreuses, températures fraîches qui rendent le plateau agréable à parcourir à pied. La saison des pluies (mai à octobre) teinte tout de vert et d’intensité, mais certains sites deviennent boueux et les sentiers moins accessibles. Janvier et février sont les meilleures mois : matinées fraîches, peu de touristes, et la lumière sur les jarres aux premières heures est exceptionnelle.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils t’envoient au Site 1 et considèrent l’affaire réglée. Il y a trois sites principaux ouverts aux visiteurs — le Site 2 et le Site 3 nécessitent un vélo ou un tuk-tuk et un peu d’effort, ce qui est exactement pourquoi ils en valent la peine. Le Site 2 est installé sous des arbres à flanc de colline, sans vendeurs ambulants et sans presque personne d’autre. Le Site 3 implique une promenade à travers un village et des rizières. Les jarres y sont plus sauvages et plus étrangement imposantes qu’au Site 1, qui commence à ressembler à un parc. Va d’abord au Site 1, puis continue.