Le Diamant
"Le rocher est simplement là, l'air invraisemblable, et au bout d'un moment on cesse de se poser la question."
Le rocher qui fut un navire de guerre
Il y a un piton volcanique qui s’élève à 176 mètres au-dessus de la mer, à environ deux kilomètres au large de la côte sud de la Martinique, et en 1804 la Royal Navy britannique, avec cette pensée latérale particulière que l’empire produisait à l’occasion, l’a armé sous le nom de HMS Diamond Rock. Ils ont creusé des réserves dans le basalte, hissé des canons sur les flancs quasi verticaux, installé une citerne d’eau douce et y ont posté une centaine d’hommes pendant environ dix-sept mois avant que les Français ne le reprennent. Il demeure, encore aujourd’hui, le seul rocher des registres officiels de la Royal Navy classé comme navire armé.
J’ai appris tout cela sur une plaque délavée de la modeste place du Diamant, et j’y ai pensé plus que de raison depuis. Il y a quelque chose dans cette image — des hommes vivant à l’intérieur d’un rocher au milieu des Caraïbes, tirant au canon sur des navires — qui défie toute catégorisation simple.
La plage elle-même
La Plage du Diamant est l’une des plus longues étendues de sable de la côte sud de la Martinique, déroulant son large arc ouvert sur près de trois kilomètres. Le sable est doré sombre, l’eau ici est plus agitée que dans les baies abritées du nord, et le rocher se tient au large comme un signe de ponctuation — la chose vers laquelle l’œil revient sans cesse pendant qu’on essaie de lire le reste de la phrase.
Le ressac est bien réel. Pas un ressac de bodyboard à la Caravelle, mais assez pour que l’eau bouge d’une manière satisfaisante, assez pour que la plage soit une plage et non une piscine. Le matin où j’y suis allé, il y avait peut-être une douzaine de personnes réparties sur toute sa longueur. Un homme pêchant à la canne longue, une famille sous un amandier, une femme faisant du yoga face au rocher. Le genre de dispersion qui laisse une plage respirer.
Le village au-dessus
Le bourg du Diamant se trouve sur une légère colline au-dessus de la plage, organisé autour d’une église et d’une place avec deux débits de rhum qui ouvrent tôt et semblent servir les mêmes clients à sept heures du matin qu’à trois heures de l’après-midi. Ce n’est pas une critique. Le village tient un petit marché le dimanche matin où les produits arrivent empilés à l’arrière de pick-up et où tout sent le thym et le piment antillais.
J’ai déjeuné dans un petit restaurant de la route principale — une assiette de thazard grillé avec du riz, des haricots rouges et une sauce au lait de coco assez bonne pour que j’essaie de comprendre exactement ce qu’il y avait dedans en mangeant très lentement. La cuisinière est sortie me demander si cela me plaisait. Je lui ai dit, en français, que j’essayais de percer le secret de la sauce. Elle a ri et m’a répondu que je n’étais pas le premier à essayer, et m’a souhaité bonne chance.
La lumière du soir et le rocher, encore
La meilleure chose à faire au Diamant, si le timing le permet, c’est d’être sur la plage dans la dernière heure de lumière de l’après-midi. Le soleil descend vers la côte caraïbe, ce qui fait que la lumière frappe le rocher de dos et légèrement de côté, et il change de couleur selon une séquence qui semble délibérée — orange, puis rouille, puis quelque chose de proche du violet avant que la silhouette ne prenne le dessus.
Lia aurait photographié cela pendant une heure. Je suis resté assis avec un gobelet en plastique de punch à regarder la scène se dérouler, en essayant de remarquer ce que je remarquais.
Quand y aller : La côte sud est accessible et agréable toute l’année, mais de janvier à avril c’est l’idéal — moins de pluie, meilleure lumière, matinées plus calmes. La plage se remplit nettement les jours fériés français et en août, quand les Martiniquais prennent leurs vacances au pays. Arrivez avant neuf heures le week-end pour avoir la longue étendue presque pour vous seul.