Antsirabe
"Trois mille pousse-pousse et pas un seul pressé de doubler celui de devant."
Antsirabe m’a pris par surprise. Après des jours sur la Route Nationale 7, à serpenter vers le sud à travers les hautes terres centrales et leurs rizières en terrasses et leurs villages de terre rouge, je ne m’attendais pas à déboucher sur ce qui ressemblait à une ville thermale alpine un peu élimée, ramassée et posée sur un plateau tropical. Les Norvégiens l’ont fondée dans les années 1870 comme retraite missionnaire, attirés par le climat frais et les sources chaudes, et les Français en ont fait plus tard une station mondaine. Le grand Hôtel des Thermes domine encore une longue avenue, pastel et écaillé, telle une douairière qui a connu des jours meilleurs mais refuse de quitter la fête.
La ville des pousse-pousse
Ce que l’on remarque d’abord, pourtant, ce sont les pousse-pousse — ces rickshaws tirés à la main qui essaiment dans chaque rue par milliers, peints de couleurs joyeuses et criardes, baptisés comme de fiers petits navires. Antsirabe est plate, ce qui est rare dans les hautes terres, et cette platitude en a fait la capitale du pousse-pousse de Madagascar. On en compterait plusieurs milliers, et les hommes qui les tirent courent pieds nus ou en tongs, hélant le client, se faufilant entre les cyclo-pousse qui se disputent la même clientèle.
J’ai un rapport compliqué avec le fait d’être tiré dans une rue par un autre être humain, et je l’ai dit à Lia, qui m’a fait remarquer, à juste titre, que refuser d’en louer un par délicatesse, c’était simplement priver l’homme de son gagne-pain. Nous en avons donc pris un jusqu’au marché central, et notre tireur — un homme maigre et souriant nommé Hery — a parlé tout le long du chemin, désignant la vieille gare, la cathédrale catholique, l’endroit où les hommes des pousse-pousse se réunissent pour manger. Ce fut, en dépit de toute ma pudeur d’Européen du Nord, l’une des rencontres les plus chaleureuses de tout le voyage.

Ateliers et pierres
L’autre chose pour laquelle Antsirabe est connue, c’est l’artisanat. La ville et ses environs sont un foyer de petite industrie artisanale, et l’on peut passer une journée entière à visiter des ateliers : une famille sculptant des vélos et des pousse-pousse miniatures dans des boîtes de conserve et de l’aluminium recyclés, un polisseur taillant les pierres semi-précieuses qui font la renommée de cette région volcanique, une coopérative de broderie, un atelier de bijoux en corne de zébu et un autre distillant des huiles essentielles. Rien de tout cela n’est léché. On entre dans la cour de quelqu’un, on vous montre ce que l’on fait, et il n’y a aucune pression pour acheter — ce que nous avons bien sûr fait quand même.

La région autour d’Antsirabe est volcanique, parsemée de lacs de cratère : le lac Tritriva, un troublant lac de cratère vert enveloppé de légendes locales, se trouve à courte distance de la ville et vaut bien le détour. Nous y sommes allés en fin de journée, quand l’eau était devenue presque noire et que le vent était tombé, et un guide nous a raconté l’histoire des deux amants maudits qui s’y seraient noyés. J’ai entendu des versions de cette légende sur trois continents, mais rarement dans un cadre qui la rendît aussi plausible.
Quand y aller : d’avril à octobre, durant la saison sèche et fraîche des hautes terres ; emportez une polaire, car ici les nuits deviennent véritablement froides, ce à quoi les premiers visiteurs de Madagascar ne s’attendent jamais. Antsirabe constitue une étape naturelle pour passer la nuit sur le long trajet de la RN7 entre Antananarivo et le sud.