Luxembourg-Ville
"Luxembourg-Ville est une forteresse qui a oublié de cesser d'être belle."
Construite au-dessus de gorges spectaculaires creusées par l'Alzette, cette petite capitale dissimule d'extraordinaires fortifications médiévales sous une ligne d'horizon européenne soignée.
Le train depuis Bruxelles vous dépose dans une ville plus petite que prévu et plus étrange qu’imaginé. Luxembourg-Ville est posée sur un plateau criblé de ravins, et vingt minutes après mon arrivée je me retrouvais au bord du Chemin de la Corniche, à regarder en contrebas une gorge si abrupte et si verte qu’elle semblait géologique — comme si la terre avait simplement décidé de ne pas être d’accord avec la ville bâtie par-dessus.
Ce que la gorge révèle
L’Alzette taille ce plateau depuis des millénaires, et le résultat est une ville à double personnalité, empilée à la verticale. En haut : la Grand-Rue, des sièges bancaires en verre, une cathédrale aux vitraux de Gérard Cyne dont personne ne parle jamais assez. En bas, dans le quartier du Grund, la lumière vire à l’ambre avant de devenir dorée, filtrée par les platanes de la berge tandis que les habitants s’attardent aux terrasses des cafés de la Rue Münster avec un verre de Riesling de la Moselle, sans la moindre hâte.
J’ai passé tout un après-midi dans les Casemates du Bock — ces galeries que les ingénieurs de Napoléon ont ouvertes à l’explosif avant d’en refermer une partie, vingt-trois kilomètres de tunnels creusés dans le promontoire de grès. L’odeur à l’intérieur est froide et minérale, l’odeur exacte d’une grotte, et les couloirs rétrécissent sans prévenir. À une ouverture, j’ai regardé par une fenêtre taillée dans la roche et compris que je surplombais l’Alzette à quarante mètres, le fleuve vert et parfaitement silencieux vu d’ici.
La surprise qui m’a arrêté net
L’inattendu, c’était le plateau de Kirchberg de l’autre côté du pont Adolphe — ce quartier européen tout en verre courbe qui pourrait être Rotterdam ou Francfort — et la façon dont il rendait la vieille ville encore plus ancienne par contraste. Lia et moi avons traversé le pont au crépuscule, la vallée se teintant de violet sous nos pieds, et nous avons convenu que la plupart des capitales européennes font un effort pour réconcilier leurs siècles. Luxembourg-Ville ne s’en donne pas la peine. Elle laisse simplement coexister les deux, séparées par une gorge qu’aucune ne peut franchir.
Nous avons mangé du Bouneschlupp — la soupe locale aux haricots verts et aux pommes de terre — dans une brasserie de la Place d’Armes qui était là bien avant la naissance de quiconque s’y trouvait ce soir. Épaisse, fumée par un morceau de collet, sans charme particulier à regarder et profondément juste à manger.
Choisir le bon moment
Quand y aller : Mai et juin offrent des soirées longues où le Chemin de la Corniche reste chaud passé neuf heures et les terrasses du Grund se remplissent sans devenir insupportables. Septembre est plus calme et les vendanges de la Moselle commencent à moins d’une heure de route — raison suffisante à elle seule.