Annecy
"Je suis venu pour une jolie halte entre deux villes et j'ai annulé les deux nuits suivantes pour rester."
J’ai une règle personnelle au sujet de toute ville qui se vend comme la Venise de quelque part. Le surnom fait presque toujours plus de travail que le lieu lui-même. Annecy est l’exception qui m’a fait remiser cette règle en silence. Lia et moi sommes arrivés un matin de début juillet en attendant une pause photogénique entre Genève et Chamonix ; nous avons marché le long du lac pendant vingt minutes, nous nous sommes regardés, et nous avons annulé les deux nuits réservées plus haut dans la vallée.
Le lac qui ruine les autres lacs
Le lac d’Annecy est alimenté par des sources de montagne et une rivière souterraine, et les gens d’ici vous diront, avec le calme de ceux qui s’y baignent chaque matin, que c’est le lac le plus propre d’Europe. Je ne suis pas équipé pour arbitrer cette affirmation, mais je peux rapporter que j’ai rarement vu l’eau faire ce que fait cette eau : elle passe d’un bleu alpin profond au centre à un turquoise presque caribéen au-dessus des graviers peu profonds près de la rive, et elle est assez froide pour vous faire crier et assez claire pour vous faire rester quand même.
Nous avons loué un petit bateau électrique au port — sans permis, un détail qui m’a inquiété plus qu’il n’aurait dû — et passé un après-midi à avancer vers l’extrémité sud, là où les montagnes se resserrent et où les villages se raréfient. Lia a pris la barre et a développé une assurance immédiate et alarmante. Nous nous sommes baignés depuis l’arrière du bateau dans une eau si transparente que je pouvais compter les pierres à quatre mètres de fond, nous avons mangé une baguette et un coin de reblochon achetés le matin même, et nous nous sommes sentis, brièvement, comme le genre de gens qui font cela tout le temps.

La vieille ville, sans la carte postale
La Vieille Ville est bâtie autour du Thiou, un court canal qui draine le lac et qui faisait autrefois tourner les moulins et les tanneries de la ville. En son cœur se dresse le Palais de l’Île, un bâtiment de pierre en forme de proue de navire qui a été, au fil des siècles, résidence, tribunal et prison, et qui est aujourd’hui l’objet le plus photographié de Haute-Savoie. J’admets qu’il est vraiment charmant, même avec les groupes de touristes disposés devant lui comme du sédiment.
Ce qui a sauvé la vieille ville d’être simplement mignonne, c’est le marché du mardi. Nous avons suivi l’odeur des poulets rôtis à travers les rues à arcades et trouvé des étals de fromage savoyard empilé comme de la maçonnerie, de la charcuterie, du miel de montagne, et un homme qui vendait des diots — des saucisses locales cuites au vin blanc — à une file de gens qui n’étaient manifestement pas des touristes. Nous avons mangé debout, appuyés à la rambarde d’un canal, en regardant l’eau passer.

La montée jusqu’au Château d’Annecy est courte et la récompense est tout le bassin étalé en contrebas — le lac, les toits, les montagnes fermant l’autre bout comme un mur.
Quand y aller : juin et septembre sont le moment idéal — l’eau est baignable, la lumière est longue, et la cohue des vacanciers français de juillet-août n’a pas encore transformé les rives en une seule foule lente. L’hiver a son propre charme tranquille, mais le lac est la raison d’être, et le lac veut l’été.