Dourou
"Nous nous sommes arrêtés au bord de Dourou, et toute la plaine s'est ouverte devant nous."
Un village perché sur le rebord de la falaise de Bandiagara, d'où un sentier plonge vers la plaine en contrebas.
Nous sommes arrivés à Dourou en fin d’après-midi, quand la lumière faisait cette chose basse et oblique qui donne à chaque mur l’air d’être fait d’or plutôt que de terre. Notre guide nous avait dit, à Lia et moi, que c’était ici que commençaient la plupart des treks en pays Dogon, et debout au bord du plateau, j’ai compris pourquoi immédiatement. Le village s’arrête net à une falaise. Un instant on marche entre les greniers, et l’instant d’après on contemple 150 kilomètres de falaise de grès, la plaine s’étirant vers Bankass comme si quelqu’un avait déroulé un tapis de sable et de broussailles jusqu’à l’horizon.
Je me souviens m’être assis sur une roche plate près du bord, buvant l’eau tiède de ma gourde parce que rien ne reste froid ici, et n’avoir rien dit pendant un long moment. Lia était à côté de moi, à faire pareil. Notre guide, Amadou, nous a montré le sentier qui zigzague le long de la paroi rocheuse vers Téli et Nombori, les villages où nous devions marcher les deux jours suivants. Il paraissait impossiblement raide vu d’en haut, davantage une suggestion qu’un vrai chemin, mais il nous a expliqué que les Dogons et leurs ânes l’empruntent depuis des générations pour circuler entre le plateau et la plaine.

Ce qui m’a le plus frappé à Dourou, c’est la façon dont les maisons semblaient jaillir de la roche plutôt que simplement s’y poser. Murs en banco, toits coniques de chaume sur les greniers, tout est bas et compact, construit pour résister aussi bien au soleil qu’au vent qui balaie le plateau. Lia n’arrêtait pas de s’arrêter pour photographier les portes des greniers, gravées de petits motifs géométriques qui, selon notre guide, marquent les lignées familiales. Ce soir-là, j’ai dîné d’un couscous de mil accompagné d’une sauce à l’arachide qu’une famille avait préparée pour nous, assis sur leur terrasse à regarder le ciel jouer son coucher de soleil au-dessus de la falaise.

Avant d’entamer la descente du sentier de falaise le lendemain matin, je suis retourné une dernière fois sur ce même rocher, au bord du vide. Il y a quelque chose à Dourou qui ressemble moins à une destination qu’à un seuil — le dernier sol solide avant de basculer dans un paysage entièrement différent. Lia a dit qu’elle avait l’impression d’être au bord du monde, et honnêtement, je n’ai pas trouvé de meilleure façon de le formuler non plus.
Quand y aller : Privilégiez la saison sèche, de novembre à février, lorsque les sentiers de trek sont stables et que les vues sur la falaise restent nettes plutôt que voilées par la chaleur.
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