Une route de montagne étroite taillée dans un versant escarpé de forêt de nuages des Yungas, la brume montant de la vallée tout en bas, des cascades fendant la paroi rocheuse
← Bolivia

Les Yungas

"Aller de La Paz à Coroico, c'est comme tomber à travers trois saisons d'un coup."

La Paz est perchée à plus de 3 600 mètres et les Yungas commencent à environ quatre-vingt-dix minutes de route, mais la distance qui les sépare n’est pas avant tout géographique. Elle est thermique, écologique, sensorielle. On quitte la lumière grise et plate de l’altiplano et son plateau sans arbres, on grimpe brièvement par un col à plus de 4 600 mètres où la neige peut tomber en juillet, puis on descend — abruptement, sans interruption — dans une zone où la forêt de nuages s’accroche à des pentes verticales, où les cascades surgissent de la paroi rocheuse sans prévenir, et où l’air, l’air, change tout.

La route de descente

L’ancienne route vers Coroico — le Camino de la Muerte, ou route de la Mort, désormais largement remplacée par une alternative goudronnée — est un de ces endroits où la réputation a dépassé l’expérience, sans que l’expérience perde sa valeur. La route est une unique voie non revêtue, taillée dans une falaise, avec un précipice de plusieurs centaines de mètres d’un côté et aucune glissière de sécurité. C’est terrifiant si l’on réfléchit trop attentivement à la géométrie. Aujourd’hui, elle est surtout empruntée par des tours de descente en VTT, ce qui en dit long sur la façon dont les humains gèrent le danger quand l’adrénaline est reformulée en loisir.

J’ai conduit sur la nouvelle route, plus sûre et toujours spectaculaire : des lacets à travers la forêt de nuages à différentes altitudes, chaque virage révélant une couche atmosphérique différente, des hauts plateaux broutés par les alpagas aux fougères arborescentes et aux orchidées, jusqu’à quelque chose de presque tropical tout en bas. Les villages le long du parcours se matérialisent soudain dans des clairières, leurs maisons entourées d’agrumes et de caféiers.

Coroico

La ville de Coroico, à environ 1 700 mètres, est la principale destination des Yungas du Nord. Elle n’est pas grande — une place, une église, une poignée d’hôtels avec des piscines qui emploient le mot « à débordement » avec une certaine justification vu la vue sur la vallée — mais elle possède une qualité agréablement suspendue. Les gens viennent de La Paz le week-end pour la chaleur, les fruits et le sentiment d’avoir échappé à quelque chose. Les versants alentour sont plantés de coca, de café et d’agrumes, et le marché du dimanche matin a la générosité particulière des produits subtropicaux : mangues, chirimoyas, avocats de la taille d’un poing.

Le trou d’eau de l’une des rivières en contrebas de la ville est assez froid pour être vivifiant et assez clair pour qu’on en voie le fond. J’y ai passé un après-midi à lire mal et à nager quand la chaleur atteignait un certain point, ce qu’elle fait de façon fiable après midi.

Chulumani et les Yungas du Sud

Les Yungas du Sud — que l’on rejoint par une autre route depuis La Paz — s’organisent autour de Chulumani, une ville plus petite et plus calme qui voit passer moins de visiteurs. Le paysage est similaire mais l’atmosphère est plus franchement locale : les tables des cafés font face à la place, pas à une vue conçue pour les touristes, et l’animation du week-end est faite de Boliviens plutôt que de routards.

La coca des Yungas est cultivée ici en quantités sérieuses. La feuille est légale et fondamentale dans la culture andine — mâchée contre l’altitude, infusée en tisane, vendue sur tous les marchés — et les champs qui couvrent les versants sont simplement de l’agriculture, pas le symbole chargé qu’ils deviennent une fois passée une frontière. En passant devant le matin, l’odeur est faiblement herbacée, verte.

Quand y aller : Les Yungas sont plus humides que La Paz toute l’année, mais la saison sèche, de mai à octobre, apporte des ciels plus dégagés et des routes plus praticables. La saison des pluies (de novembre à avril) peut fermer la route de la Mort aux vélos et rend certaines routes basses boueuses et instables. Septembre et octobre offrent un bon équilibre entre chaleur, verdure et conditions de route raisonnables.