Rurrenabaque
"Personne ne vous prévient à quel point la jungle devient bruyante après la tombée de la nuit."
Le vol de La Paz à Rurrenabaque dure vingt-cinq minutes et traverse mille ans d’altitude. On part de 3 600 mètres, gris et froid, et on atterrit dans une cuvette verte à 200, la chaleur montant du tarmac en vagues visibles. La ville est petite — une rue principale, un marché, quelques dizaines d’agences de tours se disputant les mêmes clients — mais c’est la porte d’entrée de deux des espaces naturels les plus intacts de Bolivie : la pampa et la jungle de Madidi. On ne vient pas à Rurrenabaque pour la ville. On vient pour la quitter.
La pampa
Le tour de la pampa vous emmène en aval en canoë motorisé, dans des prairies inondées où la densité de la faune semble presque théâtrale. Dans la première heure j’ai vu trois espèces différentes de hérons, une famille de capybaras broutant au bord de l’eau, et un caïman assez proche pour le toucher — non que j’aie essayé. Les guides se tiennent à la proue en scrutant les berges avec une aisance qui suggère qu’ils font ça depuis l’enfance, ce qui est le cas de la plupart.
Les dauphins roses de rivière surgissent sans prévenir, faisant surface le long du bateau pour respirer, leur peau couleur de saumon. J’avais lu à leur sujet et je n’étais quand même pas préparé. Ils se meuvent avec une lenteur qui semble délibérée, sans hâte. La nuit, de retour au camp de jungle, le bruit était constant — grenouilles, insectes, quelque chose de plus gros se déplaçant dans l’herbe — et j’ai mal dormi sans m’en soucier.
La jungle de Madidi
Le tour en jungle fonctionne différemment : plus de marche, plus de silence exigé, plus de patience. Le parc national de Madidi est l’une des aires protégées les plus riches en biodiversité de la planète, même si la forêt ne l’annonce pas. Il faut regarder lentement. Un guide qui sait s’arrêter et attendre vous montrera des choses qu’une marche pressée ne montrera pas — un toucan écartant des branches tout en haut, une colonne de fourmis coupe-feuilles traversant le sentier dans les deux sens à la fois, l’endroit exact où un jaguar est passé la veille au soir.
La chaleur de la jungle est différente de celle de la pampa. Elle a un poids, une épaisseur dans les poumons. L’odeur est en couches : feuilles en décomposition, écorce humide, quelque chose de floral au-dessus. J’ai remarqué que je m’étais mis à respirer plus lentement après la première heure, comme si la forêt donnait le rythme.
Y arriver et la ville elle-même
La plupart des gens viennent de La Paz dans un petit avion à hélices qui s’incline fort au-dessus de l’escarpement avant de plonger dans la vallée. La route existe mais prend presque toute une journée et comporte des tronçons qui ferment selon la saison. Le vol vaut le coût de ne pas passer une journée dans un bus.
La ville de Rurrenabaque est facile à vivre — repas bon marché sur l’artère principale, bière fraîche, opérateurs de tours qui annoncent tous le même prix et se distinguent surtout par la qualité de leurs guides. Le marché du matin vend des fruits que je ne savais pas nommer mais que j’ai mangés quand même, sucrés et légèrement fermentés par la chaleur.
Quand y aller : De mai à octobre, c’est la saison sèche — un niveau d’eau plus bas dans la pampa signifie une faune plus concentrée près de la rivière. Juin et juillet sont les mois les plus chargés. La saison des pluies (de novembre à mars) inonde la pampa de façon plus spectaculaire et la jungle se remplit d’insectes piqueurs ; pas impossible mais plus difficile. Avril et septembre offrent un compromis raisonnable.