Le beffroi gothique de Mons s'élevant au-dessus des toits de terre cuite un matin clair, un drapeau solitaire claquant au vent
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Mons

"Mons garde le genre de secrets qui récompensent ceux qui se présentent sans programme."

Je suis venu à Mons à cause de Van Gogh, ce qui n’est pas la raison évidente de visiter une ville. Mais entre 1878 et 1880, il a vécu dans les villages miniers juste au sud d’ici — le Borinage — essayant d’être prédicateur parmi les mineurs de charbon, dessinant leurs silhouettes courbées à la craie noire, devenant lentement le peintre qu’il allait être. Ce contexte a changé ma façon d’arpenter la ville. Mons est compacte, bâtie sur une colline, entièrement parcourable à pied, et presque entièrement ignorée par les flux touristiques qui engorgent Bruges et Bruxelles. J’ai trouvé cela reposant d’une manière que je n’attendais pas.

Le beffroi et la vue depuis la colline

Le beffroi se dresse au-dessus de la Grand-Place, un peu à l’écart, classé à l’UNESCO et légèrement gauchi par l’âge, sa pierre virée à la couleur de la crème ancienne. Je l’ai gravi par un après-midi clair. Du sommet, le paysage s’aplatissait dans toutes les directions — le passé industriel du Borinage était visible au loin sous forme de terrils plats adoucis par des décennies d’herbe, le genre de paysage qui accumule du sens lentement. À l’intérieur du beffroi se trouve un carillon de dizaines de cloches ; à l’heure pile, le mécanisme se met en branle avec un son situé quelque part entre la musique et le chantier. J’ai aimé ça.

BAM : un musée qui mérite l’attention

Le Musée des Beaux-Arts et Numérique de Mons se tient tranquillement en bordure du vieux centre et renferme des salles qui feraient sensation si elles se trouvaient à Paris. La collection symboliste et Art nouveau est profonde et étrange — des tableaux de Fernand Khnopff à l’immobilité troublante, des sphinx, du silence et de la brume belge rendus à l’huile. Les dessins de Van Gogh de la période du Borinage sont là aussi : des femmes de mineurs recroquevillées contre le froid, un homme pelletant du charbon, des études de l’épuisement si précises qu’elles paraissent encore urgentes. J’y suis resté près de deux heures sans le vouloir. Le musée est assez petit pour tenir dans la tête, une qualité à laquelle je tiens.

Le Doudou et le dragon

Chaque année, le dimanche de la Trinité, les Montois se rassemblent pour le Doudou — une fête de processions et un combat rituel entre saint Georges et une effigie de dragon appelée le Lumeçon. C’est un patrimoine immatériel classé à l’UNESCO, le genre de désignation qui paraît austère jusqu’à ce qu’on se retrouve dans la foule à regarder un combat de dragon en papier mâché se dérouler avec un sérieux civique total. Je n’y étais pas, mais j’ai posé des questions partout et les gens en parlaient comme on parle d’une chose qui compte vraiment pour eux, pas d’un spectacle joué pour les visiteurs. La queue du dragon, paraît-il, porte chance si on arrive à l’attraper. La foule s’y essaie en masse.

Manger et la vie de café

La Grand-Place de Mons est une vraie place — pavée, en terrasses, ceinte de brasseries où les gens s’assoient dehors par beau temps et dedans avec un café les jours gris. J’ai mangé une carbonnade flamande, le ragoût de bœuf wallon braisé à la bière brune, dans un endroit aux nappes à carreaux et sans menu en anglais. La douceur de la bière s’était réduite dans la sauce, la viande s’effondrait contre la fourchette. Avec un demi-litre d’une ambrée locale et du pain pour saucer l’assiette, ce fut l’un des meilleurs repas que j’aie faits en Belgique et il ne coûtait presque rien. Mons, dans l’ensemble, ne coûte presque rien. C’est là encore une vertu.

Quand y aller : le dimanche de la Trinité (fin mai ou début juin selon l’année) pour la fête du Doudou — réservez votre hébergement bien à l’avance, toute la région se remplit. Le reste de mai et septembre sont idéaux pour parcourir la ville sans foule. Mons est une excursion pratique depuis Bruxelles (moins d’une heure en train), mais elle récompense un séjour d’une nuit ; la ville change de caractère une fois les visiteurs d’un jour repartis.