Liège
"Liège a le goût d'une gaufre saupoudrée de sucre glace mangée debout sous la pluie — et c'est parfait."
Une ville wallonne farouche et ouvrière où les gaufres sont plus légères, la bière plus forte et l'esprit inébranlable.
Il existe un certain type de ville qui ne cherche pas à vous charmer. Elle ne s’arrange pas pour les photos et n’adoucit pas ses angles pour les visiteurs. Liège est ce type de ville — wallonne jusqu’à la moelle, bâtie sur le charbon et le fer et une conviction vieille de plusieurs siècles que personne ne vous donnera quoi que ce soit.
Je suis arrivé un jeudi matin, descendant du train dans la caverne de verre et d’acier blanc de la Gare de Liège-Guillemins — la cathédrale de Calatrava, un bâtiment d’une beauté si absurde qu’il ressemble à une blague que la ville vous fait avant de vous révéler son vrai visage, rugueux et sans concession. Dehors, la Meuse coulait lente et grise sous un ciel bas, et l’odeur était celle de la pierre froide et de quelque chose de vaguement métallique — le fantôme de l’industrie.
Le Marché, la Gaufre, la Pluie
La Batte, le marché dominical, s’étend le long du Quai de la Batte sur plus de deux kilomètres de bruit et de couleur. J’y suis allé un dimanche, col relevé contre la bruine, et j’ai trouvé Lia déjà en pleine négociation sur une boîte de vieilles cartes postales. Autour de nous : des légumes entassés en pyramides, des rouleaux de tissu, des lapins vivants dans des cages, un homme qui vendait des herbes depuis une brouette. Quelqu’un faisait frire des gaufres dans un stand pliant — la gaufre de Liège, pas celle de Bruxelles, dense de sucre perlé qui caramélise contre le fer et craque sous les dents. Je l’ai mangée debout au bord du quai, le sucre glace disparu sous la pluie avant que j’aie pu l’essuyer sur ma veste. C’était parfait de la façon dont seules les choses légèrement inconfortables peuvent l’être.
De l’Autre Côté du Fleuve
J’ai traversé le Pont des Arches un après-midi par caprice et j’ai découvert le quartier d’Outremeuse — techniquement une île entre deux bras de la Meuse — où le dialecte est plus épais, les estaminets plus anciens et les bières plus généreuses. Dans un café de la Rue Roture, j’ai bu une Curtius blonde à deux heures de l’après-midi entouré d’hommes qui semblaient être là depuis le matin. Au mur : un portrait de Georges Simenon, le fils le plus célèbre de Liège, l’homme qui a donné Maigret au monde. Il est parti pour Paris à la première occasion. La ville ne lui en tient pas rigueur.
L’Inattendu
Ce que je n’avais pas prévu, c’était la Montagne de Bueren — 374 marches taillées à même le flanc de la colline au-dessus de la vieille ville, grimpant le long de minuscules maisons en terrasse aux jardinières garnies et aux chats posés sur les rebords. En haut : un silence soudain, une vue sur tout le bassin, et un banc où une très vieille femme mangeait de la soupe d’un thermos. Elle m’a fait un signe de tête, comme si j’avais accompli quelque chose de juste en faisant l’ascension. Peut-être que oui.
Quand y aller : Septembre et octobre offrent un temps doux et le calendrier festif de la ville s’anime avant que l’hiver ne s’installe. Évitez juillet et août si possible — Liège en été perd une part de cette gravité particulière qui justifie le voyage.