Côte Flamande
"La côte belge porte son histoire de guerre en silence, sous le bruit des mouettes."
La côte belge, toute en retenue, réunit des stations balnéaires reliées par un tram, des paysages de dunes à perte de vue et une histoire de la Première Guerre mondiale qui marque profondément.
La côte belge s’annonce sans éclat. Pas de falaises, pas de glamour, pas de turquoise — juste une longue exhalation plate de sable et de lumière pâle courant sur soixante-sept kilomètres de De Panne à Knokke. Je n’avais pas prévu de l’aimer. Je suis venu parce que Lia voulait prendre le Kusttram, le tram côtier qui longe toute la côte belge sans interruption, et j’étais prêt à m’ennuyer doucement. Je me suis trompé.
De Haan et la géométrie silencieuse des dunes
Nous avons commencé à De Haan, où le centre-ville est niché derrière un cordon de dunes protégées et où l’architecture n’a guère changé depuis les années 1890. Les rues rayonnent en arcs — une station balnéaire planifiée qui n’est jamais tout à fait devenue à la mode, ce qui est précisément ce qui l’a préservée. Lia photographiait les balcons en bois du quartier de la Concessie pendant que j’achetais un cornet de moules-frites dans une frituur près du Tramhalte. Les moules venaient de Zélande, plus fermes et plus iodées que ce qu’on trouve à l’intérieur des terres, et les frites étaient accompagnées d’une sauce andalouse d’un orange vif et légèrement sucré. J’ai mangé debout dans un vent salin qui sentait l’iode et la laine mouillée.
Les dunes ici ne sont pas un décor — elles sont le paysage. En marchant le long du sentier Duinenpad au nord du bourg, l’oyat sifflait en continu et l’horizon s’aplatissait jusqu’à devenir presque méditatif. Pas de montagnes vers lesquelles lever les yeux, pas de spectacle à atteindre. On apprend à lire la lumière à la place : la façon dont les nuages gris produisent un éclat argenté sur le sable mouillé, le jaune particulier de la fin d’après-midi qui perce au-dessus d’Oostende.
Diksmuide et le poids de l’Ijzer
Le calme de la côte n’est pas simplement paisible — il est mérité. À une heure de bus vers l’intérieur des terres, Diksmuide se dresse au bord de l’Ijzer, là où s’est déroulée une des guerres de tranchées les plus brutales de la Première Guerre mondiale. Je ne m’attendais pas à être aussi ébranlé par le Dodengang, le système de tranchées préservé le long de la rive. Les tranchées sont étroites, les sacs de sable sont reconstitués, mais la distance entre la ligne belge et la ligne allemande — quelques mètres de boue — rend les chiffres abstraits et humains à la fois. Lia est restée très immobile pendant un long moment. Nous n’avons pas dit grand-chose dans le bus du retour.
L’Ijzertoren, la tour de la paix qui domine le plat pays des polders sur des kilomètres à la ronde, porte l’inscription AVV-VVK : Alles voor Vlaanderen, Vlaanderen voor Kristus. La politique de ce monument est complexe, contestée, et bien réelle. Cela aussi fait partie de ce que porte la côte.
Oostende après la nuit tombée
Oostende est la ville ouvrière de la côte — un port de ferry, un port de pêche, un endroit qui ne se met pas en scène pour les visiteurs. Le Visserskaai sent le diesel et le sel le soir. J’ai mangé des garnaalkroketten dans une brasserie près de l’ancien marché au poisson : des croquettes de crevettes grises, chaudes et crémeuses, avec une croûte qui s’effritait sous la dent, servies avec du persil frit et un demi-citron. C’est un de ces plats qui ont exactement le goût de l’endroit d’où ils viennent.
Quand y aller : De fin mai à juin offre des températures douces, une fréquentation raisonnable et la longue lumière du nord qui rend les paysages de dunes presque lumineux. Juillet et août sont les mois les plus fréquentés sur le littoral ; septembre est plus calme et la mer reste assez chaude pour marcher pieds nus au bord de l’eau.