Dinant
"La citadelle surplombe Dinant comme une phrase qui ne se termine jamais tout à fait."
Une citadelle spectaculaire accrochée à la falaise domine ce joyau de la vallée de la Meuse, ville natale du saxophone et village d'une beauté impossible.
On m’avait prévenu que Dinant était petite. Ce qu’on ne m’avait pas dit, c’est la façon dont la falaise refuse simplement de vous laisser regarder ailleurs. On prend un virage sur la N97 et le bourg entier est là — écrasé entre la roche et la rivière, le dôme de la collégiale comme un oignon pâle plaqué contre un calcaire qui monte à pic, et la citadelle en équilibre sur le bord de tout ça comme quelque chose qu’un enfant y aurait posé et n’aurait jamais déplacé.
Entre la roche et l’eau
Nous nous sommes garés le long du Quai de Meuse un jeudi matin d’octobre, quand les bateaux de touristes s’étaient raréfiés et que la lumière frappait la rive opposée avec cette qualité gris-or particulière que j’associe aux rivières du Nord. La Meuse est large et lente ici. Elle reflète la falaise plutôt que le ciel. Lia s’est accoudée à la rambarde avec son café et a dit, simplement, « On dirait une peinture », ce qui était la chose juste à dire.
La vieille ville se résume à peu près à une seule rue — la Rue Grande — courant parallèlement à la rivière, avec des venelles grimpant vers la roche. Les boulangeries font encore la flamiche, la tarte aux poireaux qu’on trouve dans tout ce coin de Wallonie, et j’en ai mangé une part debout à un comptoir de zinc près de la Place Reine Astrid, qui avait un goût de beurre et de quelque chose de légèrement ferreux, minéral, comme si la falaise s’était glissée dans la pâte. Les couques de Dinant — ces biscuits au miel durs comme de la pierre pressés dans des moules en cuivre — garnissaient toutes les vitrines, en forme de visage d’Adolphe Sax ou de petits saxophones, une ville qui commercialise son fils le plus célèbre avec une allégresse sans complexe.
Le téléphérique et la surprise
On peut accéder à la citadelle par téléphérique ou par 408 marches taillées à même la paroi rocheuse. Nous avons monté à pied et redescendu en téléphérique, ce qui s’est avéré être le bon ordre. À mi-chemin, par une étroite fente dans la roche, j’ai regardé la rivière en contrebas et j’ai compris quelque chose sur les raisons pour lesquelles les bâtisseurs de forteresses avaient choisi cet endroit — de là-haut, la vallée est entièrement lisible, chaque méandre de la Meuse visible sur des kilomètres.
Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la salle à l’intérieur de la citadelle consacrée aux instruments de torture. Pas les instruments eux-mêmes — toute forteresse médiévale en a — mais la désinvolture tranquille avec laquelle des groupes de collégiens belges défilaient devant les vierges de fer tout en mangeant leurs sandwichs dans du papier ciré. L’histoire digérée avec le déjeuner. J’ai trouvé ça bizarrement rassurant.
L’heure avant le dîner
La meilleure heure à Dinant est celle qui précède l’ouverture des restaurants, quand les excursionnistes sont repartis et que le quai appartient aux habitants qui promènent leurs chiens le long de la rivière. La falaise transforme la dernière lumière en ambre. Le dôme de l’église la capte et la retient quelques secondes de plus qu’il ne semble équitable.
Quand y aller : Le printemps tardif (mai-juin) ou le début de l’automne (septembre-octobre) offrent la meilleure lumière sur le calcaire et évitent les foules estivales qui encombrent les files du téléphérique ; la vallée prend des couleurs extraordinaires en octobre.