Gabala
"L'air sentait la noisette grillée et la résine de pin. Je n'avais pas prévu de rester trois jours."
Gabala s’est invitée dans mon itinéraire presque par accident — un nom mentionné par quelqu’un dans le marshrutka de Sheki, balayé d’un « bien pour les familles, tu vois, la nature ». Cette recommandation tiède aurait dû me dire quelque chose. Elle ne m’a rien dit. Je suis arrivé fin septembre, quand les vergers étaient en pleine chute des fruits et que les hôtels de la station tournaient à peut-être un tiers de leur capacité, et j’ai fini par rester trois jours.
La ceinture des vergers
La route qui mène en ville traverse un corridor de noisetiers si dense que la lumière y devient verte et mouchetée. L’Azerbaïdjan produit un pourcentage non négligeable des noisettes du monde, et l’odeur ici en saison de récolte est constante — chaude, légèrement beurrée, traversée par une fumée de bois venue de quelque part. Aux étals du bord de route, des femmes vendent des sacs plastiques de noisettes encore en coque, et j’en ai mangé des poignées en flânant dans le centre-ville, modeste et sans hâte comme le sont les lieux qui n’ont pas encore tout à fait décidé ce qu’ils sont.
Le marché près de la gare routière est le meilleur point de repère. Des bocaux de miel sauvage récolté dans les collines au-dessus de la ville, des fruits secs que je n’aurais su nommer, des churchkhela suspendues en cordes à des supports de bois. Personne ne jouait la comédie pour moi. J’étais juste une personne de plus avec un sac, traversant la matinée.
Vers les hauteurs
La raison de quitter la ville, c’est le relief. Le lac Nohur s’étend au-dessus de Gabala dans un repli des montagnes, assez clair pour qu’on en voie le fond sur les bords, ceint de forêt. J’y suis monté au petit matin, quand la surface était parfaitement immobile et que les sommets alentour retenaient une fine ligne de nuage juste sous la limite des arbres. C’est le genre de scène qui interrompt net votre monologue intérieur pendant quelques minutes.
Plus haut, au-delà des infrastructures de ski qui restent inactives en septembre, les sentiers s’enfoncent dans une forêt de hêtres et de charmes. Les chemins sont rudes et non balisés, et j’ai fait demi-tour plus d’une fois quand le GPS suggérait que j’étais quelque part qu’il ne pouvait pas confirmer. Tant pis. La vue du retour — Gabala étalée en contrebas dans la brume de la vallée, le Caucase s’élevant derrière — justifie l’effort.
La logique des stations soviétiques
Gabala n’a jamais tout à fait abandonné son identité de sanatorium soviétique, et je le dis comme un compliment. Plusieurs des plus grands hôtels fonctionnent encore sur une logique de repos et de cure : bassins thermaux, horaires de repas structurés, personnel médical sur place. Les constructions plus récentes penchent vers la station touristique, avec un téléphérique et un parc de tir à l’arc, mais le rythme sous-jacent du lieu reste réparateur. Les gens viennent ici pour ralentir. La lenteur est contagieuse. Dès mon deuxième après-midi, je m’étais mis à dîner à six heures, ce que je n’avais pas fait volontairement depuis l’enfance.
La ville elle-même est assez petite pour être parcourue d’un bout à l’autre en vingt minutes. Le plaisir y est ambiant plutôt que dicté par une liste à cocher : l’odeur des vergers, l’air frais qui arrive en milieu d’après-midi même en septembre, le bruit de la rivière qui traverse la partie basse de la ville.
Quand y aller : de fin mai à début octobre pour la randonnée et des températures douces. Septembre est idéal — saison des récoltes, air plus frais, moins de familles qu’en été. Évitez juillet et août si vous n’aimez pas la foule au bord du lac. L’hiver convient si vous skiez ; sinon l’ambiance de la station se met en sourdine.