Paysage hivernal nuageux du village d'Imlil dans les montagnes de l'Atlas avec des sommets enneigés en arrière-plan

Afrique

Montagnes de l'Atlas

"Les montagnes où le Maroc arrête de jouer la comédie pour les visiteurs."

La route de Marrakech à Imlil monte vite. En moins d’une heure, la poussière rose de la ville cède la place à des champs en terrasses d’orge, des vergers de noyers qui plongent dans des gorges fluviales, et ce silence particulier qui s’installe quand une vallée finit par avaler le bruit de la route. Je suis arrivé fin octobre sans rien de réservé, j’ai demandé dans une petite épicerie s’il y avait une chambre, et on m’a envoyé monter un escalier jusqu’à un matelas sur un toit avec vue sur le Jebel Toubkal — à 4 167 mètres, le plus haut sommet d’Afrique du Nord — portant sa première neige de la saison. Ce premier soir, j’ai mangé un bol de ce que préparait la famille : des pommes de terre, du citron confit, une huile d’olive si verte qu’elle en était presque fluorescente. J’ai dormi sous trois couvertures et me suis réveillé au son d’une mule sur les pavés et à l’odeur du bois brûlé et du pain chaud.

L’Atlas court en trois chaînes — le Haut Atlas, le Moyen Atlas et l’Anti-Atlas — chacune avec sa propre personnalité. Le Haut Atlas est le dramatique : celui des photos, là où les chemins muletiers vers le Toubkal zigzaguent au-dessus de la limite des arbres et où la kasbah d’Aït Benhaddou pose pour les productions cinématographiques. Mais c’est le Moyen Atlas qui m’a le plus surpris. Ces montagnes cachent des forêts de cèdres assez denses pour abriter des macaques de Barbarie, des villes de marché comme Azrou où personne ne vient pour vous voir arriver, et le genre de petit restaurant marocain où le menu c’est ce qui est dans la marmite et le cuisinier vous dit ce que vous allez manger. L’Anti-Atlas, plus au sud vers le Sahara, est là où la lumière devient ambre et où les villages présahariens semblent taillés dans les flancs des collines plutôt que construits dessus.

La cuisine dans les villages de montagne ne ressemble en rien aux tajines touristiques de Marrakech — elle est plus simple, plus consistante, et plus honnête. L’amlou, une pâte d’huile d’argan, d’amandes et de miel, apparaît au petit-déjeuner ici d’une façon qu’elle n’a jamais en ville. Le smen — beurre vieilli et fermenté — entre dans le pain. Un plat de rfissa, ce plat de pigeon ou de poulet mijoté sur des lentilles et du msemen, fait son apparition pour les fêtes et parfois simplement parce que c’est une après-midi froide et qu’une famille avait envie de cuisiner.

Quand y aller : D’avril à juin et de septembre à novembre. Les hauts cols peuvent être bloqués par la neige de décembre à mars, ce qui est soit un problème, soit la raison même d’y venir, selon vos intentions. L’été amène des randonneurs vers le Toubkal en nombre, ce qui change sensiblement l’ambiance autour d’Imlil.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils vous acheminent vers le camp de base du Toubkal et retour, traitant l’Atlas comme une excursion à la journée greffée sur un itinéraire marrakchi. Les montagnes récompensent ceux qui s’arrêtent — trois, quatre, cinq nuits dans une même vallée, à marcher de village en village plutôt qu’à gravir des sommets, à manger avec la famille qui tient votre gîte plutôt qu’à l’auberge de trekking. L’Atlas n’est pas un décor. C’est un endroit où des gens vivent, et ils méritent qu’on prenne le temps.