Vue aérienne d'un hors-bord fendant des eaux turquoise d'une transparence saisissante près d'une plage de sable blanc d'Anguilla

Caraïbes

Anguilla

"L'endroit le plus calme où j'aie jamais mis les pieds, avec en prime un homard exceptionnel."

Le ferry depuis Saint-Martin prend vingt minutes. On passe la douane dans un baraquement grand comme un garage, un ventilateur de plafond tourne mollement, et quelqu’un tamponne votre passeport sans lever les yeux. Voilà votre introduction à Anguilla. Pas de mise en scène, pas de spectacle — et puis on arrive à la plage et on comprend immédiatement pourquoi des gens traversent l’Atlantique pour cette île plate et peu végétalisée.

Shoal Bay East est là où tout le monde atterrit en premier, et ce n’est pas une déception. Le sable est d’un blanc poudreux, presque fluorescent, celui qu’on a vu sur des photos et qu’on pensait retouché. L’eau se dégrade par strates — turquoise en surface, puis cobalt profond plus loin — et elle est assez chaude pour qu’on entre sans ce coup de froid qui fait hésiter. Ce qui me frappe pourtant, c’est le silence. Anguilla n’a pas de port pour paquebots de croisière, pas de casino, pas de parc aquatique. Toute l’économie de l’île repose sur de petits hôtels de luxe et une poignée de beach bars, ce qui signifie que la chose la plus bruyante sur Shoal Bay un mercredi matin est peut-être le générateur qui alimente le blender pour un punch au rhum qu’on n’a pas encore commandé mais qu’on va forcément prendre. Je me suis assis sous un amandier pendant une heure à regarder un pélican travailler le bord de l’eau. C’était moins une journée de plage qu’une suspension du temps ordinaire.

La cuisine m’a pris par surprise. Je m’attendais au circuit resort habituel — pâtes médiocres, burgers hors de prix — et j’ai trouvé à la place du homard grillé dans une cabane appelée Dune Preserve, construite entièrement en bois flotté et matériaux de récupération par un musicien local nommé Bankie Banx, avec une scène où il joue le week-end. Le homard était coupé en deux dans la longueur, badigeonné de beurre à l’ail, cuit sur des braises dans un gril qui avait visiblement fait ça dix mille fois. Ragoût de lambi dans un comptoir de déjeuner en bord de route à The Valley. Des johnny cakes, denses et légèrement sucrés, servis avec du poisson volant dans un endroit avec quatre chaises en plastique et une télé qui diffusait du cricket. Anguilla n’est pas une destination gastronomique au sens où Martinique ou Oaxaca le sont — mais si on pose la question au lieu de se replier sur le restaurant de l’hôtel, on mange extraordinairement bien.

Quand y aller : De décembre à avril, c’est la haute saison — sec, chaud, avec une faible humidité et des alizés réguliers qui rendent la chaleur supportable. Février et mars sont le moment idéal : la visibilité sous l’eau est à son maximum et le risque de pluie minimal. Mai et juin offrent les mêmes conditions avec des prix nettement plus bas et moins de monde. À éviter de juillet à octobre : la saison des ouragans est sérieuse, et août-septembre peuvent amener des mers agitées qui bloquent le ferry.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent Anguilla comme une destination ultra-luxe et donnent au lecteur l’impression qu’il faut séjourner dans une villa à cinq mille dollars la nuit pour avoir sa place ici. C’est du n’importe quoi. Les plages sont publiques, les beach bars sont bon marché, le ferry depuis Saint-Martin coûte vingt dollars, et on mange très bien pour presque rien si on évite les restaurants d’hôtel. Oui, il existe des propriétés de luxe exceptionnelles — Cap Juluca, Malliouhana — mais Anguilla ne vous oblige pas à y séjourner. La vraie erreur serait de traiter cet endroit comme un simple décor pour des vacances en resort. C’est l’un des coins de terre les plus genuinement silencieux de toutes les Caraïbes. C’est ça qu’on vient chercher.