Ruines du bouleutérion grec à colonnade au sommet d'une colline entourée de vieux oliviers sous un vaste ciel pâle
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Apollonia

"Deux mille six cents ans de présence humaine, et le site donne encore l'impression que personne ne te presse."

L’Albanie a une manière de disperser ses ruines à travers le paysage avec une apparente indifférence à toute signalisation, et Apollonia suit cette logique. On quitte la route principale près de Fier, on traverse un village, puis on grimpe une basse colline calcaire où un monastère du treizième siècle apparaît à l’intérieur des murs d’une cité fondée par des Grecs corinthiens en 588 av. J.-C. La juxtaposition est si désinvolte qu’il faut un instant pour l’enregistrer.

Le site fut autrefois une grande ville portuaire — l’une des plus importantes du bassin adriatique — jusqu’à ce qu’une série de tremblements de terre en 234 apr. J.-C. déplace le littoral et l’échoue à l’intérieur des terres. Ce qui reste est un parc archéologique au sommet d’une colline avec peut-être deux douzaines d’autres visiteurs le jour où j’y suis allé, un petit musée à l’intérieur de l’église du monastère, et une vue sur la plaine albanaise vers des montagnes dans toutes les directions.

Les ruines elles-mêmes

La structure la plus intacte d’Apollonia est le bouleutérion — une salle d’assemblée civique semi-circulaire du deuxième siècle av. J.-C. avec une colonnade partiellement restaurée qui se dresse contre le ciel avec une autorité considérable. En marchant vers elle à travers les oliviers, l’échelle s’impose lentement. Ce n’était pas un village. C’était une ville de cinquante mille habitants, avec des rues, un forum, des temples et une école de philosophie où Jules César aurait envoyé son neveu Octave étudier. Ce neveu devint plus tard Auguste.

Sous les pieds, la maçonnerie passe des couches grecques aux couches romaines puis byzantines, et les fouilles sont en cours — on voit des sections fraîchement dégagées délimitées par des cordes près du chemin principal. Il y a quelque chose d’honnête dans un site qui est encore activement en train d’être compris. Les conservateurs ne prétendent pas qu’il est achevé.

Le monastère au cœur de la cité

Le monastère de Sainte-Marie d’Apollonia fut construit au treizième siècle en utilisant, inévitablement, des pierres extraites des ruines immédiatement alentour. L’architecture est romano-byzantine, avec une petite coupole et des détails sculptés autour du portail qui trahissent des artisans qui prenaient leur travail au sérieux. À l’intérieur, le musée abrite une collection de monnaies, de poteries et de sculptures tirées du site au fil de décennies de fouilles — modeste selon les critères des grands musées archéologiques, mais les monnaies surtout ont une qualité de réalité que les vitrines des capitales finissent parfois par effacer.

J’ai passé plus de temps que prévu dans la cour du monastère. Il y a là un figuier d’un âge respectable et un banc de pierre à l’ombre. L’après-midi était chaud. Personne ne semblait surveiller combien de temps je restais assis.

Le paysage environnant

La colline offre une vue dégagée sur la plaine de Myzeqe — plate, agricole, s’étirant vers l’ouest en direction de la côte. Les auteurs antiques mentionnaient le beau cadre d’Apollonia, et quelle que soit l’érosion de cette beauté survenue depuis, la lumière sur la plaine l’après-midi mérite encore qu’on s’y attarde. Les oliveraies autour du site sont assez anciennes pour que certaines précèdent peut-être le monastère, et elles donnent à toute la colline une qualité ancrée, méditerranéenne, que les ruines plantées dans la garrigue n’atteignent pas toujours.

On y accède le plus facilement avec son propre véhicule depuis Fier ou Berat, même si des taxis collectifs existent. Le site est assez compact pour être parcouru en deux à trois heures, et le combiner avec Berat — à quarante minutes à l’est — a du sens pour une journée.

Quand y aller : Le printemps (avril à juin) est idéal, quand la végétation du coteau est verte et les températures supportables pour parcourir le site. Septembre et octobre conviennent aussi très bien. La chaleur de plein été sur le calcaire exposé est bien réelle — apporte de l’eau et vas-y le matin.