Le lieu des éléphants
Le nom signifie « lieu des éléphants » en ndau, et il est juste, au sens historique comme au présent. Gonarezhou se situe à l’extrême sud-est du Zimbabwe, coincé dans le coin où se rencontrent le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud, formant une partie du Grand Parc transfrontalier du Limpopo — une étendue sauvage transfrontalière à peu près de la taille du Portugal. Les éléphants d’ici sont les plus massifs du Zimbabwe, parmi les plus grands au monde, et ils portent la méfiance d’une population lourdement braconnée dans les années 1970 et 1980, et qui ne l’a pas tout à fait oublié.
S’y rendre est une déclaration d’intention. Depuis Harare, il faut près de huit heures sur des routes qui se dégradent de manière intéressante à mesure qu’on approche des limites du parc. J’ai voyagé avec un guide qui connaissait la piste menant au camp de Chipinda Pools et qui s’est tout de même arrêté deux fois pour vérifier l’itinéraire. Un bon 4x4 n’est pas une suggestion.
Les falaises de Chilojo
L’élément le plus saisissant du parc est un accident géologique : les falaises de Chilojo, des remparts de grès rouge qui s’élèvent au-dessus d’un méandre de la rivière Runde sur plusieurs kilomètres. L’oxyde de fer leur donne une couleur qui change au fil de la journée — terre cuite pâle le matin, rouge profond l’après-midi, presque noir dans la dernière lumière. En contrebas, la rivière coule, claire et verte, bordée d’acacias à fièvre et de jackalberries, et la combinaison est le genre de chose qui donne envie de la décrire avant de réaliser que la description est insuffisante.
J’ai regardé les falaises au lever du soleil depuis un point de vue sur la rive opposée, en buvant un café tiré d’un thermos tandis qu’un troupeau d’une quarantaine de buffles traversait la rivière en contrebas, le bruit de leurs sabots sur le lit du fleuve audible même à cette distance. Rien, dans la scène, ne paraissait orchestré.
Marcher la nature sauvage
Gonarezhou se découvre essentiellement en autonomie, au volant, avec une poignée d’options de marche guidée proposées par les rares camps qui opèrent à l’intérieur du parc. La marche y est différente de celle des parcs plus au nord — la brousse est dense, la forêt de mopanes alternant avec la savane herbeuse ouverte, et la visibilité est souvent faible. Cela change fondamentalement l’expérience de la faune. Vous êtes à l’intérieur de l’habitat plutôt que de l’observer d’un angle surélevé. Dans le mopane dense, à courte distance, le protocole relève de la conscience de la proximité plutôt que de la gestion de la distance, et le guide avec qui je marchais communiquait surtout par signes de la main et respiration contrôlée.
Nous avons trouvé des traces de lion deux jours d’affilée sans trouver le lion. Les traces étaient assez fraîches pour que cela ressemble à un quasi-manqué plutôt qu’à une déception.
Le calme du lieu
Gonarezhou n’a pas de lodges au sens conventionnel du luxe. Les camps des Parcs nationaux sont rudimentaires, les camps privés petits et authentiquement isolés. Ce n’est pas un hasard : la gestion du parc a constamment privilégié un faible nombre de visiteurs et une empreinte légère plutôt que les revenus. Le résultat est une chose de plus en plus rare : une vaste nature sauvage africaine où l’on peut passer trois jours sans voir un autre véhicule de touristes.
Les sons de la nuit comptent. Les cris des hyènes portent sur des kilomètres dans le silence de la saison sèche, et une fois, vers deux heures du matin, quelque chose — je ne sais toujours pas quoi — a traversé le camp avec assez de masse pour faire trembler le sol. Je suis resté à écouter jusqu’à ce que cela passe, puis encore un moment.
Quand y aller : De mai à octobre, c’est la saison accessible ; le parc ferme pendant les pluies, lorsque les routes en sol argileux noir deviennent totalement impraticables. Août et septembre offrent la meilleure concentration d’animaux autour des rivières Runde et Mwenezi à mesure que les points d’eau s’assèchent. Octobre est d’une chaleur extrême mais en vaut la peine pour les amateurs sérieux de safari.