Lijiang
"La vieille ville est à la fois un parc d'attractions et un quartier vivant — il faut apprendre à faire avec."
Arriver trop tard pour en avoir l’exclusivité
Tout le monde arrive à Lijiang en rêvant d’être arrivé vingt ans plus tôt. Moi aussi. La vieille ville — Dayan, comme l’appellent les habitants — est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui signifie que le flux de piétons à midi a la densité d’un quai de métro. Des pavés polis comme des miroirs par dix millions de paires de baskets, des devantures en bois où l’on vend du thé au beurre de yak à côté de glaces au matcha, des groupes de touristes qui avancent en formation serrée derrière des guides brandissant leur drapeau. C’est beaucoup.
Mais à six heures du matin, quand je me suis levé, tout a changé. Les canaux qui serpentent entre les rues captaient la lumière matinale sous un angle qui rendait l’eau ambrée. Une femme balayait son pas de porte avec une gerbe d’herbe séchée. L’odeur était celle du bois qui brûle, mêlée à quelque chose de légèrement minéral — le froid qui descendait de la montagne enneigée du Dragon de Jade au nord, visible depuis la moitié des toits quand le ciel veut bien coopérer.
La dimension naxi
Le peuple naxi a construit cette ville et y vit encore en partie, ce qui lui donne une profondeur que l’on ne soupçonne pas au premier regard. L’écriture dongba — l’un des rares systèmes d’écriture pictographique encore en usage actif — apparaît sur les murs des temples et dans le petit musée derrière la place principale. J’y ai passé un après-midi à tenter de déchiffrer des symboles qui paraissent à la fois ancestraux et intuitifs, comme une langue conçue pour être à moitié mémorisée.
Les concerts de musique ancienne naxi ont lieu chaque soir dans une salle en bois près de la place. L’ensemble est âgé, délibérément — le directeur a tenu à réunir les musiciens les plus anciens qu’il pouvait trouver. Les lignes d’erhu sont lentes et légèrement mélancoliques, et la salle sent le cèdre et l’encens. Je n’ai compris aucun mot de la présentation, mais je suis resté jusqu’à la fin.
Vers les villages en altitude
La route qui monte vers le nord en direction de la montagne du Dragon de Jade traverse une série de villages qui semblent vraiment authentiques. Baisha — à six kilomètres de la ville — abrite des fresques de la dynastie Tang dans un petit temple que la plupart des visiteurs ignorent au profit du téléphérique. Les fresques sont remarquables : iconographie bouddhiste, taoïste et tibétaine sur le même mur, peintes à une époque où personne n’avait encore décidé quelle cosmologie l’emporterait.
Lia m’a convaincu de prendre la télécabine jusqu’au belvédère du glacier. À 4 500 mètres, l’air est suffisamment raréfié pour que marcher vite devienne déconseillé, et la lumière sur la glace a cette qualité bleu-blanc que je n’ai vue qu’en altitude — pas réfléchissante, mais éclairée de l’intérieur, comme si la neige était sa propre source de lumière.
Manger en dehors du circuit touristique
Le meilleur repas que j’ai trouvé à Lijiang était dans une ruelle que j’avais longée trois fois sans la remarquer. Une femme vendait des lijiang baba — des galettes épaisses de blé et de sarrasin cuites sur une plaque, farcies de légumes salés et de lard. Deux yuans pièce. J’en ai mangé deux debout, puis j’en ai acheté deux autres à emporter. L’huile était du vrai saindoux et le pain avait une croûte légèrement brûlée qui tranchait bien avec la richesse de la garniture.
Quand y aller : D’avril à début juin, c’est idéal — ciel dégagé, neige encore visible sur le Dragon de Jade, et foule à peu près deux fois moins dense qu’en été. Septembre et octobre sont également excellents. Évitez les fêtes nationales (surtout la Semaine dorée d’octobre) quand la vieille ville devient vraiment impraticable.