La route Dempster s'étirant vers le nord à travers un plateau de toundra ouvert sous un ciel dramatique strié de nuages, les monts Richardson visibles à l'horizon
← Yukon

Route Dempster

"La Dempster n'est pas une route que l'on conduit. C'est une route qui vous conduit."

Il faut deux pneus de secours pour la Dempster. Pas un — deux. C’est la première chose qu’on vous dit, et la deuxième est d’appeler à l’avance Eagle Plains, l’unique arrêt de carburant à mi-chemin, pour s’assurer qu’ils ont du diesel. Ensuite, on fait le plein à Dawson City, on vérifie la pression des pneus, et on tourne vers le nord sur 740 kilomètres de gravier concassé, de traversées de rivières et de la sensation grandissante que le monde laissé derrière soi était plus petit qu’on ne le croyait.

La route Dempster relie l’embranchement de la route Klondike à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest. La majeure partie se trouve au Yukon. La route franchit les monts Ogilvie, descend dans le plateau d’Eagle Plain, grimpe à travers les monts Richardson, traverse la rivière Peel et le fleuve Mackenzie par traversier (ou pont de glace en hiver), et finit par vous déposer au delta du Mackenzie. J’ai parcouru la section yukonaise en trois jours et j’ai ressenti le vertige bien distinct d’arriver dans un lieu véritablement isolé tout en étant dans un véhicule.

Les Ogilvie et l’Eagle Plain

Les cent premiers kilomètres vous offrent le parc Tombstone et les monts Ogilvie. Après quoi la route plonge dans l’Eagle Plain — un vaste plateau presque sans arbres qui, par beau temps, offre un ciel d’horizon à horizon et, par mauvais temps, se mue en nuages bas et en gris absolu. J’ai roulé dans le brouillard ici pendant deux heures et je voyais peut-être trente mètres dans chaque direction. Quand il s’est levé, la toundra s’étendait plate et couleur rouille, et la route devant était visible sur quinze kilomètres.

Le Eagle Plains Lodge apparaît au kilomètre 370 comme un mirage. Il y a un hôtel, un restaurant, une station-service et un mécanicien. Le mur de la honte du mécanicien — des photos de véhicules qui n’ont pas tenu le coup, fixées sur un panneau avec l’année et la cause — est le morceau d’écriture de voyage le plus honnête que j’aie rencontré dans un établissement au bord d’une route.

Franchir le cercle arctique

Il y a un panneau. Un petit panneau de bois au 66e parallèle, avec un cairn de pierres, accessible par une courte halte. D’autres véhicules y étaient arrêtés — un couple aux plaques allemandes qui avait roulé depuis Whitehorse, deux motards du Québec. On s’est tous pris en photo au panneau, à la manière des voyageurs quand le point de repère tient davantage du voyage que du lieu lui-même. Au nord du cercle arctique, au Yukon, le soleil ne se couche pas en juin. Vers le kilomètre 420, en plein été, on regarde le soleil décrire un long arc bas, frôler l’horizon et remonter. La lumière vient de côté, dorée, et dure toute la nuit.

La faune sur la route

C’est l’un des meilleurs corridors fauniques d’Amérique du Nord. Les mouflons de Dall apparaissent sur les pentes rocheuses des Ogilvie dès les premières sections. Les caribous traversent la route en grand nombre lors de la migration — en fin d’été et à l’automne, des hardes du caribou de la Porcupine peuvent bloquer la circulation vingt minutes pendant que plusieurs centaines de bêtes passent d’un bassin versant à l’autre. Je suis resté dans le camion, moteur coupé, pendant que peut-être quatre cents caribous traversaient devant moi, allant vers le nord, leurs sabots cliquetant sur le gravier, dégageant une odeur de musc et de froid. Quinze minutes durant lesquelles je n’ai pas regardé mon téléphone une seule fois.

Grizzlys, loups, orignaux, renards arctiques — la Dempster est un paysage vivant. La règle est de rester dans son véhicule ou à proximité.

Les monts Richardson

La route grimpe dans les Richardson près de la frontière des Territoires du Nord-Ouest, et c’est là qu’elle mérite sa réputation par mauvais temps. Les pentes sont raides pour des standards de route de gravier et les lacets sont étroits. Par temps sec, c’est gérable et spectaculaire. Sous la pluie ou les premières neiges, ça devient autre chose. La récompense est un col au-dessus de la limite des arbres, avec des vues en arrière sur le Yukon et en avant sur les basses terres des T.N.-O., et le sentiment d’avoir franchi quelque chose de réel.

Quand y aller : De fin juin à août pour l’expérience complète dans des conditions raisonnables. Août offre les observations de caribous et les fleurs sauvages. De septembre à octobre peuvent venir les premières neiges et une lumière spectaculaire. La route est ouverte toute l’année, mais la conduite hivernale exige une préparation sérieuse et une connaissance locale. Le service de traversier sur les rivières Peel et Mackenzie fonctionne hors période de gel, à peu près de juin à novembre.