Whitby
"Grimpez les 199 marches une première fois. Puis refaites-les dans le noir, juste pour comprendre pourquoi Stoker a choisi cet endroit."
Un port de pêche sur la côte de la mer du Nord où Bram Stoker a inventé Dracula, où les harengs fumés sèchent encore au-dessus de copeaux de chêne à l'aube, et où l'abbaye en ruines sur la falaise observe tout.
Whitby sent le sel, la fumée et quelque chose de marin qu’on n’arrive pas à décomposer en éléments distincts. Je suis arrivé par le premier train depuis York et j’ai rejoint le port à pied avant le petit-déjeuner, en partie parce que la ville était encore silencieuse, en partie parce que les harengs du fumoir sur le quai — fumés au bois de chêne sur de vrais feux depuis le XIXe siècle — sont une de ces choses dont j’avais entendu parler suffisamment longtemps pour avoir besoin de les vérifier personnellement. Ils étaient à la hauteur de leur réputation : couleur ambre, saveur intense, le genre de chose qui fait comprendre pourquoi les gens conservaient autrefois le poisson au lieu de s’en excuser.
L’abbaye et les 199 marches
Les 199 marches qui gravissent la falaise depuis la vieille ville jusqu’à l’église St. Mary et aux ruines de l’abbaye sont incontournables. Tous les récits sur Whitby en parlent. Elles sont raides, irrégulières, polies par des siècles de passage, et au sommet on débouche sur l’un des panoramas les plus spectaculaires du nord de l’Angleterre : les ruines de l’abbaye bénédictine d’un côté, la mer du Nord qui s’étend grise et verte à l’horizon de l’autre, et en bas l’entrelacs des toits rouges de la ville.
L’abbaye est en ruines depuis qu’Henri VIII a dissous les monastères dans les années 1530. Ce qui subsiste — trois niveaux d’arcades gothiques sur le transept nord, sans toit et ouvert au ciel — a exactement l’air du genre de ruine qui devait séduire un romancier gothique victorien. Stoker a séjourné à Whitby en 1890 et aurait pris des notes de façon obsessionnelle. En parcourant le cimetière attenant à St. Mary, à lire les épitaphes érodées par le sel sur les pierres tombales, la matière s’accumule d’elle-même.
Le port et la ville
Whitby se divise de part et d’autre de la rivière Esk. L’est abrite la vieille ville de pêcheurs, les marches, l’église, l’abbaye. L’ouest concentre la plupart des hôtels et la longue plage. Le pont tournant entre les deux s’ouvre périodiquement pour laisser passer les bateaux de pêche, provoquant de brèves perturbations que tout le monde accepte avec une patience remarquable.
Le marché au poisson sur le quai fonctionne tôt et sans cérémonie. J’ai observé une vente aux enchères matinale de loin en mangeant un cornet de frites d’un des stands du port — des frites épaisses comme il se doit, cuites dans de la graisse de bœuf selon l’affiche, ce qui était selon moi soit un danger sanitaire soit un service rendu à la collectivité, selon qu’on apprécie ou non ce genre de chose. La mer du Nord longe cette côte dans le froid et la flotte de pêche travaille encore, ce qui confère au port une dimension fonctionnelle que beaucoup de ports de pêche anglais ont perdue.
Le problème du Goth Weekend et sa solution
Whitby accueille deux fois par an un Goth Weekend qui attire des foules considérables de gens en tenue de deuil victorienne élaborée, corsets, hauts-de-forme et degrés variables de maquillage. L’événement est devenu assez important pour que l’identité de la ville s’y soit en partie fondue — on y trouve des boutiques thématiques Dracula, de la chauve-souris à toutes les sauces, et des articles souvenirs qui rendraient Stoker soit ravi, soit consterné. Si vous êtes là pour le Goth Weekend, lancez-vous. Sinon, choisissez vos dates avec soin.
Le Whitby que je préfère — le plus calme — vit de harengs et de sandwichs au crabe, et du plaisir particulier de longer le chemin côtier vers le nord en direction de Sandsend tandis que la mer s’agite sur les rochers en contrebas. Lia et moi avons fait cette marche sous une pluie légère qui argentait le promontoire, et à mi-chemin nous avions complètement cessé de nous soucier du temps.
Ce que Whitby fait bien
La ville est assez petite pour qu’on la parcourt sans se presser. Le musée de Pannett Park possède un arc de mâchoire de baleine (une curiosité emblématique de Whitby) et une collection de bijoux en jais local — un bois fossilisé extrait des falaises alentour, dont le deuil victorien a fait une industrie encore vivante aujourd’hui. La plage à marée basse révèle suffisamment de fossiles pour que les enfants passent des après-midis entiers à collecter des ammonites dans le schiste.
Quand y aller : Mai et début juin offrent la meilleure lumière et des foules gérables. Évitez les dates du Goth Weekend, fin avril et fin octobre, sauf si c’est précisément votre intention — la ville est prise d’assaut et les hébergements doublent de prix. Les visites en hiver sont désolées dans le bon sens du terme : l’abbaye sous le vent de janvier est une expérience à part entière.
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